La foule, brusquement, se porta alors d’un autre côté pour se trouver de nouveau, en coupant par la rue Frédéric, sur le passage du roi. Les individus qui retenaient Schœffel et Goldschmidt furent comme enlevés par cette marée montante d’hommes, et les deux amis profitèrent de la circonstance pour s’esquiver.
Goldschmidt avait pris énergiquement sous son bras le bras de Schœffel.
— Venez avec moi, lui dit-il en continuant de l’entraîner, je loge à deux pas d’ici, dans la rue Dorothée… Vous vous reposerez… Vous en avez besoin… Un verre de vieux vin du Rhin et quelques tranches de jambon achèveront de vous remettre… Mais à qui diable en voulez-vous tant ?…
— Comment ! Vous le demandez encore ?… Mais le cavalier, l’homme au drapeau, c’est lui… le traître, le misérable espion qui m’a dénoncé…
— Ce n’est pas possible !… Comment l’appelez-vous ?
— Augustin Schmidt. Oh ! j’ai bien retenu son nom.
— Augustin Schmidt ! Vous vous trompez… Ce jeune homme est un avocat très distingué, un écrivain de mérite, libéral, ardent et convaincu… Il ne s’appelle pas Augustin Schmidt, mais Stieber.
— En êtes-vous bien sûr ? demanda Schœffel.
— Très sûr.
— Vous le connaissez ?