— C’est le fiancé de ma fille !
Schœffel, redevenu maître de lui-même, passa à deux reprises la main sur son visage comme pour rassembler ses idées et ses souvenirs.
— Évidemment, dit-il, l’un de nous deux se trompe… Si vous voulez, je vais tout vous raconter…
— Avec le plus grand plaisir, interrompit Goldschmidt, mais à condition que vous acceptiez mon invitation. Quelque palpitant que soit votre récit, j’aime mieux l’entendre dans une bonne chambre bien close, le dos contre le poêle et les pieds sous la table, qu’ici, au milieu des bousculades, et par une bise qui, si elle continue, gèlera les paroles… Allons, venez !
Et il entraîna son ami dans la direction de la rue Dorothée.
Ce ne fut pas sans difficultés qu’ils parvinrent à se frayer un passage à travers la foule qui s’engouffrait comme un torrent dans la nouvelle issue qu’elle s’était choisie.
Au moment où Goldschmidt tirait de sa poche une lourde clef pour l’insinuer dans la serrure de la maison qu’il habitait, le cortège impérial rentrait hâtivement au palais. La nuit était venue, et, dans la cour, la garde bourgeoise avait allumé des feux de bivouac. Dès que le monarque et sa suite furent à l’intérieur, on ferma brusquement les grilles. En montant le grand escalier, Frédéric-Guillaume demanda à son confident, le général de Radowitz :
— Avez-vous pris le nom du jeune homme au drapeau ?
— Oui, Sire, répondit le général.
— Bien… Je vous le demanderai à l’occasion… Sans lui, l’individu qui était si furieux me faisait un mauvais parti…