[32] Surnom populaire donné au prince de Hohenzollern, dont le fils Léopold a servi plus tard de prétexte à la guerre de 1870.
Mais en attendant, le policier dégommé ne savait trop comment employer ses petits talents, peut-être songeait-il déjà à s’expatrier, quand une lettre l’invita à se rendre à l’ambassade de Russie.
Il n’eut garde de manquer à cette convocation.
Quelques menus services rendus à la troisième section lui avaient déjà valu des tabatières, des gratifications, même la croix de Saint-Stanislas. Ce n’était pas le moment de dédaigner de semblables aubaines. Il se rendit à l’ambassade à la tombée de la nuit, entre chien et loup, car il était tellement impopulaire alors à Berlin, que les gamins le poursuivaient dans les rues. Il fut introduit dans le cabinet d’un attaché, M. le baron de Mohrenheim, qui, dans les cercles diplomatiques, passait pour un homme d’avenir. Cette prévision n’a pas été démentie, puisque l’ancien attaché de 1861 remplit en 1884 les hautes fonctions d’ambassadeur du Tsar à Paris.
M. de Mohrenheim exposa rapidement les faits. Une très grande dame russe avait été remarquée par un grand-duc de la famille impériale, et si les choses n’étaient pas allées plus loin, il y avait eu un échange de lettres suffisamment compromettant. Or, les lettres du prince étaient tombées on ne savait trop comment entre les mains d’un escroc affilié sans doute à une bande de voleurs. Cet individu menaçait de faire parvenir les missives princières au mari de la dame, pourvu d’un poste diplomatique très élevé, si on ne lui payait une somme tellement forte que la dame en question, qui se fût exécutée en présence d’une demande à peu près raisonnable, se voyait obligée d’échapper à une rançon aussi forte.
Stieber réfléchit un instant.
— Vous m’avez dit, fit-il, que ce maître chanteur s’appelle Edgard R… et qu’il demeure Bruderstrasse, no…
— Parfaitement, répondit M. de Mohrenheim.
— Il y aura peut-être un moyen de nous tirer de là, mais il faut que la dame en question nous aide un peu.
— En quoi faisant ?