Sur un ordre du chancelier, le cocher tourna tout à coup bride ; on revint à l’hôtel de la rue de Lille.
— Qu’est-ce donc que votre assassin ? demanda négligemment M. de Bismarck.
— Il paraît qu’il est tout jeune, vingt à vingt-deux ans.
— Un enfant… et Polonais, jamais un jury parisien ne le condamnera à mort ; ce serait contraire à toutes les sympathies bourgeoises de M. Prudhomme… Décidément, c’est bien dommage que ce garçon ne puisse pas lâcher son coup de pistolet.
La voiture franchit la porte cochère de l’ambassade. Le portier s’avança casquette basse.
— Monsieur le conseiller intime, fit-il en s’adressant à Stieber, il y a là, dans ma loge, un homme qui vous attend depuis une demi-heure.
Et il désigna du doigt un individu assez peu proprement vêtu et muni d’une grosse canne. Le quidam remit un pli à Stieber. Après l’avoir ouvert, celui-ci passa le billet au chancelier, qui lut ceci :
« M. le préfet de police regrette beaucoup d’avoir manqué la visite de M. le Conseiller Stieber, et dans le cas où il s’agirait d’une affaire de service, M. le préfet de police sera heureux de recevoir à n’importe quelle heure de la nuit M. le Conseiller. »
Les deux Allemands échangèrent deux regards rapides.
— Dites à M. le préfet, fit Stieber, que je le remercie, mais que l’affaire dont je voulais l’entretenir ne presse nullement.