— Le maire est en séance, il préside le conseil municipal et ne peut se déranger, répondit M. Dietz.

— Cela m’est égal, répliqua le lieutenant de Stieber, je veux lui parler, quand même je devrais faire enfoncer les portes de la salle du conseil.

Voulant éviter un éclat, le jeune Alsacien fit entrer Zerniki dans l’hôtel de ville ; il le conduisit dans une salle où se tenaient toujours un adjoint et deux conseillers. Le policier prussien demanda qu’on lui livrât les registres des procès-verbaux pour savoir ce qui s’était passé dans la séance de la veille.

Il essuya un refus poli, mais formel, et comme il insistait, l’adjoint lui fit remarquer, au moyen de l’interprète, qu’il n’avait aucun ordre écrit pour exiger cette communication.

— Si je n’ai pas d’ordre écrit, s’écria Zerniki furieux, j’ai ceci ! Et il tira son sabre.

Justement la séance du conseil venait de finir. Les édiles, pour sortir de la salle des délibérations, avaient à traverser la pièce où était l’adjoint de service. Ils assistèrent à cette scène ; plusieurs d’entre eux étaient sur le point de faire un mauvais parti au lieutenant Zerniki. Celui-ci, se voyant entouré par les conseillers, prit peur, courut à la fenêtre qu’il brisa d’un coup de poing et cria plusieurs mots en allemand aux soldats qui buvaient dans la cour. En un clin d’œil, la pièce fut envahie, et sur l’ordre de Zerniki, les conseillers présents furent arrêtés et conduits au poste le plus voisin.

Le maire, informé de cet acte de violence, courut à la « Commandature ».

Les militaires n’étaient pas fâchés de montrer leur autorité à la police.

Le major de place, un « gommeux » berlinois, M. de Treskow, qui jouait la comédie de salon, et qui, même en campagne, se bichonnait comme s’il devait aller au bal, fit des excuses à M. Rameau :

— Que voulez-vous attendre de ces gens-là ? dit-il. Et en parlant du lieutenant des mouchards : « Ils n’ont ni élévation dans les idées, ni éducation. »