Mais pour ce qui est des francs, il les empoche volontiers.

Et il tendit la main en creux, prêt à recevoir la somme demandée.

— C’est une plaisanterie, fit Stieber légèrement impatienté.

— Pas du tout, patron, c’est très sérieux, vous me devez la somme !

— Allons donc ! Dieu merci, je n’ai jamais eu de dettes !

— Eh bien, il n’est jamais trop tard pour mal faire. Avez-vous oui ou non promis cent thalers si vous pouviez « pincer » M. de Bismarck ?

— Oui !

— Eh bien ! voyez et lisez.

Et le vaudevilliste tendit au « patron » un numéro du journal le Gaulois marqué au crayon rouge :

— Voici ma quittance… Tout à l’heure, je rencontre un journaliste de mes amis, un bon garçon appelé Hoff, mais un peu toqué ; il croit toujours que « c’est arrivé ». Du reste, patriote jusqu’au bout des ongles, en admiration devant le « chef ». Pour lui, le « chef », c’est le bon Dieu. Ce garçon était hors de lui, il se promenait tout seul dans le parc, se parlant à lui-même en faisant des gestes désordonnés. Je l’aborde et lui demande pourquoi il est si agité. Il me répond que c’en est fait de l’Allemagne, que les patriotes n’ont plus qu’à se jeter à l’eau ; bref, un tas de choses tout aussi sensées. Enfin il finit par m’expliquer qu’il a appris qu’un Espagnol, nommé Miranda, arrivé de Paris, a dîné hier chez le « chef », qu’il y a passé la soirée et que Bismarck qui, paraît-il, avait bu cinq ou six bouteilles de vieux Bourgogne, s’est complètement déboutonné. Eh bien, Hoff prétend que ce Miranda n’est qu’un espion de Gambetta, et comme preuve il m’a dit avoir un numéro du Gaulois contenant un article de ce même M. de Miranda, qui excite les Français à la guerre contre la Prusse et qui arrange M. de Bismarck de la belle façon ! J’ai accompagné Hoff à l’hôtel de la Tête noire — une sorte de bouge — et il m’a remis la feuille en question qui, franchement, vaut bien les cent thalers… Jugez-en vous-même…