— De quoi se mêle-t-il, celui-là ? fit à demi-voix le général Voigts-Rhetz… Il est le correspondant de la Gazette nationale, n’est-ce pas ?
— Je crois que oui, fit Stieber.
— Ah ! fit le général commandant de place, avec une intonation singulière.
Le jour même, M. Angel de Miranda était appréhendé au corps dans son logement et conduit à la prison Saint-Pierre, où il passa la nuit ; le lendemain il fut dirigé sur Mayence d’où il trouva moyen de s’évader peu de temps après.
Plus tard, revenu à Paris, M. Angel de Miranda ne parut plus aussi suspect à ses anciens geôliers ; il brûla ce qu’il avait adoré et devint un des plus chaleureux admirateurs de la politique bismarckienne.
Quelques semaines après l’envoi en Allemagne du diplomate espagnol, le journaliste Hoff, un garçon d’une trentaine d’années, de moyenne taille, replet, l’air un peu paysan, rougeaud de figure, était occupé à écrire dans une petite chambre de l’hôtel de la Tête noire.
Hoff était venu fort jeune à Paris et il avait envoyé pendant plusieurs années des correspondances à plusieurs journaux de son pays, notamment à la Gazette d’Augsbourg. Tout ce qu’il écrivait était marqué au coin du plus ardent pangermanisme. M. de Bismarck résumait pour lui Vichnou, Moloch, le grand Lama ; il n’avait pas d’autre dieu, et cette tendance à l’adoration de « l’homme de fer et de sang » ne perçait pas seulement dans ses écrits, elle se manifestait aussi d’une manière passionnée dans ses entretiens et dans les discussions fréquentes qu’il avait avec ses collègues allemands ou avec ses confrères français. Lorsque la guerre fut déclarée, Hoff, chassé de France par le décret d’expulsion, fut chargé par les journaux auxquels il collaborait, de suivre les opérations militaires. Là, parmi les soldats, au milieu des victoires, il exultait, et ses articles étaient de plus en plus pangermaniques, chauvins et bismarckiens.
Dans la petite chambre de son hôtel dont la fenêtre donnait sur un tas de fumier, il était justement, ce jour-là, en train de brûler une énorme dose d’encens aux pieds de son grand manitou, lorsqu’on frappa à la porte.
— Entrez, fit le journaliste.