— Mais non, je vous assure que j’ai quelque chose de très grave à vous annoncer ; demain, il serait trop tard.
Après tout, le comte W… s’était montré, à plusieurs reprises, désireux d’épargner des vexations et des ennuis à la directrice du cabinet de lecture de la rue de la Paroisse. Peut-être avait-il réellement un avis à lui donner ? Mme Le Dur se décida à ouvrir.
— Attendez, je passe ma robe de chambre, et je suis à vous.
— Voici ce dont il s’agit, fit le comte W… J’ai dîné ce soir chez le préfet. Stieber, directeur de la police, était parmi les convives. Il a été question d’arrestations et de perquisitions… On a parlé de vous… Demain matin des agents viendront fouiller partout dans votre boutique… On prétend que vous cachez des journaux français… Est-ce vrai ? Réfléchissez-bien… Il s’agit du conseil de guerre.
— Même pour une femme ?
La sémillante libraire n’avait plus du tout envie de rire.
— Vous en avez ? Voyons… répondez, vous n’avez rien à craindre de moi… Vous savez l’intérêt que je vous porte… Si vous avez des journaux français, dites-le moi…
— Ah ! ma foi, venez… Et, conduisant le comte dans l’arrière-boutique, Mme Le Dur lui montra des placards bourrés jusqu’en haut de gazettes françaises, de brochures, de proclamations du gouvernement de la Défense nationale…
— Eh bien… vous l’échappez belle ; si Stieber avait découvert ce pot aux roses, demain soir vous partiez pour l’Allemagne ! Il faut enlever tout cela, mais comment ? Il y en a une belle charge…
— Brûlons-les.