— Vous n’y songez pas, nous mettrions le feu à la maison… C’est qu’il y en a ! il y en a !…
M. le comte de W… réfléchit quelques instants :
— Avez-vous un drap de lit, ou mieux que cela, des rideaux ?
— Il y a ceux qui sont aux fenêtres.
— Eh bien ! arrachons-les… Là… et maintenant qu’ils sont étalés à terre, nous allons y emballer toutes ces paperasses… Et journaux, brochures, documents prohibés, tout fut entassé pêle-mêle dans les deux rideaux, qu’on noua par les quatre bouts.
— Je vais appeler mon ordonnance et lui dire de mettre tout cela dans ma voiture, fit M. de W… Je vous rends un fameux service tout de même ! et dire que vous ne m’en remercierez jamais !
La discrétion nous défend de révéler si réellement la belle libraire se montra ingrate envers son sauveur…
Le ballot fut mis dans la voiture du comte… Heureusement la rue de la Paroisse était déserte. Seuls deux officiers de uhlans ayant fortement soupé s’époumonnaient à crier, s’adressant à une fenêtre obstinément fermée :
— Mamz’el Éliza ! mamz’el Éliza ! dix thalers, vingt thalers ! Mais en dépit de ces enchères croissantes, Mlle Élisa, qui, toute la journée, avait été surchargée d’officiers et de soldats, ne donnait pas signe de vie.
Le lendemain, les sbires de Stieber vinrent en effet faire une perquisition dans le cabinet de lecture de Mme Le Dur. Ils remuèrent et bouleversèrent les casiers, les rayons, fouillèrent partout, même sous le lit, mais ils ne trouvèrent rien.