Il était dit que Mme Le Dur jouerait encore un autre tour à la police prussienne.

Un jour, elle vit se glisser dans sa cour un gaillard dont les vêtements en lambeaux et la figure défaite n’indiquaient que trop un fugitif.

L’individu raconta à Mme Le Dur qu’il était franc-tireur, que les policiers de Versailles le traquaient, que si on le tenait son compte serait vite fait. Il supplia la libraire de le cacher quelque part.

Elle le fit entrer dans une petite remise et lui apporta des vêtements bourgeois.

Dans la soirée, un vieil attaché militaire allemand vint fumer, comme d’habitude, son cigare dans le cabinet de lecture de la rue de la Paroisse.

Au moment où il allait se retirer, — comme il n’y avait plus personne dans la boutique, — Mme Le Dur lui dit :

— Colonel, êtes-vous homme à garder un secret ?

— Mais oui.

— Et à sauver, au besoin, un ennemi ?

— A mon âge, on n’a plus soif de sang… Qu’y a-t-il à votre service, chère madame ?