— Eh bien, colonel… fit Mme Le Dur, très émue, j’ai là, au fond de ma cour, dans une remise, un franc-tireur que je cache par charité, par pitié… Si on l’attrape, le pauvre homme sera fusillé… Il a une femme, des enfants…

— Chut !… pas si haut, interrompit le vieux colonel… Allez vite chercher cet homme… La nuit est sombre, dites-lui qu’il m’accompagne sans crainte…

La bonne Mme Le Dur, folle de joie de sauver la vie à un compatriote, courut annoncer au fugitif qu’il allait pouvoir s’échapper.

Elle le ramena par la main devant le colonel :

— C’est toi, fit celui-ci en s’adressant à l’homme… Je te prends à mon service comme brosseur… Ne te trahis pas.

Le franc-tireur suivit son nouveau maître jusqu’à Orléans.

Là, trouvant l’occasion de rejoindre les lignes françaises, il disparut.

XII

La police prussienne à Versailles redouble d’activité. — Communications secrètes entre Paris et les Allemands. — Emprisonnement de MM. de Raynal et Harel. — Perquisitions chez M. Alaux. — Son arrestation. — Les menaces de M. Stieber. — Incarcération de M. Rameau et de deux de ses adjoints. — Les petites spéculations d’un préfet prussien. — Un colonel prussien déguisé en franc-tireur chez le général Trochu. — Jules Favre à Versailles. — Il loge, sans le savoir, chez le chef de la police. — M. de Bismarck le fait garder à vue et Stieber trouve moyen de lui enlever ses journaux. — La proclamation de l’Empire allemand. — Les dames Stieber arrivent à Versailles. — Départ des Allemands.

La fin du siège de Paris fut marquée par un redoublement extraordinaire d’activité et de zèle de la part de la police du quartier général.