« Je lui demandai, vu mes douleurs rhumatismales, de donner l’ordre à ses hommes de ne pas me faire marcher trop vite.
« — Soyez tranquille, on va vous mettre au chaud.
« — Monsieur a le mot pour rire, lui dis-je, sans daigner insister sur ma prière.
« Et comme je descendais assez bien les premières marches : « Tenez ! reprit-il, voilà que cette petite promenade vous fait déjà du bien ! »
« Il resta chez moi pour continuer ses fouilles, mais du haut de l’escalier il avait donné en allemand une recommandation au chef de l’escorte. Je n’en compris le sens qu’à l’arrivée à la prison. Sur l’aveu que j’avais fait de ma difficulté à marcher, il avait jugé piquant de donner l’ordre qu’on me fît faire un trajet au moins quadruple en longueur ; car de la rue des Tournelles, où je demeurais, au lieu de me faire descendre vers la rue Saint-Pierre, on me fit préalablement remonter jusqu’à la grille de Satory.
« Je dois dire que mon escorte se modelait sur mon pas très lent avec un air de patience ennuyée. La ville était à cette heure à peu près déserte. Ce surcroît de trajet m’était d’autant plus pénible que la rue était couverte de verglas et de neige fondue… »
Ce fut Stieber lui-même que l’on chargea de l’instruction.
Le grand maître de la police présenta au journaliste quelques feuillets de papier pelure contenant des projets d’articles et de correspondances pour le Journal des Débats.
Dans l’une, M. d’Alaux racontait le viol d’une femme de Rethel par un officier prussien, et dans une autre M. d’Alaux défendait la théorie de la levée en masse contre l’ennemi.
— Je n’ai fait, répondit-il, que demander à mes compatriotes d’agir comme vous avez agi vous-mêmes en 1813.