[52] Parbleu ! les dreyse étaient chargés à poudre.
On le conduisit dans une maison que les obus avaient à moitié effondrée et où les hommes de garde avaient installé leur campement ; on lui offrit du cognac et il put se chauffer à l’aise devant un grand feu.
— Il faut, dit le franc-tireur, que je voie le gouverneur de Paris, j’ai des renseignements de la plus haute importance à lui confier ; faites-moi accompagner par deux de vos hommes, capitaine ; il est juste que je me montre à lui entouré de mes sauveurs.
Le capitaine ne voulut laisser à personne l’honneur de présenter au gouverneur de Paris un Français miraculeusement échappé, sous ses yeux, aux balles de l’ennemi.
Il remit le poste au lieutenant et tous deux partirent pour le Louvre.
En franchissant la porte d’Auteuil, ils durent se jeter à plat ventre pour éviter d’être atteints par les éclats d’un gros obus lancé par les batteries de Meudon. Dans le village d’Auteuil et sur le quai, ils trouvèrent les traces des projectiles allemands, dont les gamins et les gardes nationaux étaient occupés à ramasser les éclats. D’autres gardes jouaient au classique bouchon sans se préoccuper du péril. En route, le franc-tireur raconta son odyssée. Il avait été blessé, fait prisonnier, et il s’était échappé de l’ambulance au moment où il allait être transféré en Allemagne.
Trois jours il avait erré sans manger, dans les bois ; il s’était ainsi rapproché de la Seine, quand ces « gredins de Prussiens » l’avaient surpris.
— Vous avez eu bigrement de la chance, lui dit le capitaine, car ces jean-f… vous ont envoyé une quinzaine de coups de fusil au moins.
— Bah ! répondit le franc-tireur en souriant dans sa moustache…
Dans son spacieux cabinet du Louvre, debout devant la cheminée, où brûlait un grand feu de bois, le gouverneur de Paris dictait un ordre à un jeune aide de camp qui écrivait, assis à une immense table chargée de paperasses, de cartes, de plans. D’autres aides de camp allaient et venaient, glissant quelques mots à l’oreille du général Trochu, qui y répondait par un mouvement de tête indiquant son approbation.