— Mon général, fit à voix basse un des officiers, il y a là un franc-tireur qui arrive en droite ligne de Versailles ; il a des communications importantes à vous faire, à ce qu’il dit.
— Peuh ! Ce sera encore quelque historiette insignifiante, fit le général ; mais faites entrer.
Le franc-tireur et son compagnon furent introduits auprès du gouverneur de Paris.
Nous ne savons pas quels furent les renseignements qu’il put fournir au général ; ce que nous pouvons assurer, c’est que vingt-quatre heures plus tard, à Versailles, M. le colonel S… remettait à Stieber des renseignements très précis et très authentiques sur les forces de la capitale et les probabilités de la capitulation prochaine. Nous savons aussi que cette nuit-là, tandis que l’écho apportait le bruit du bombardement, il y eut un grand souper de quinze couverts aux Réservoirs, qui se prolongea jusqu’au matin. C’était le prix du pari gagné par le colonel S…
Trois semaines plus tard, Jules Favre arrivait à Versailles négocier la reddition de Paris. Au pont de Sèvres, on le fit monter dans une vieille voiture conduite par un cocher qui était un agent secret de Stieber.
M. de Bismarck avait recommandé à son chef de police de surveiller M. Favre de très près.
Stieber montra en cette occasion les ressources d’un policier hors ligne : il prépara une chambre pour M. Jules Favre dans la maison même où la police prussienne avait établi ses bureaux. Le ministre français y fut mené à son insu, et, sans se douter de rien, pendant tout le temps qu’il passa à Versailles, il coucha dans le lit du lieutenant de mouchards, Zerniki !
Stieber, qu’il ne connaissait pas et dont il ignorait les fonctions, lui préparait son thé.
En arrivant à la maison du chef de police, M. Jules Favre fut reçu par le commissaire Kaltenbach, dont l’air paterne et débonnaire n’inspira pas la moindre méfiance au ministre de la Défense nationale. Kaltenbach jura ses grands dieux qu’il ne pouvait y avoir pour un bon Français et un enfant de Versailles de plus grand honneur que d’abriter sous son toit un homme aussi illustre que le grand avocat.