Jules Favre se laissa si bien prendre au piège, que, dans la conversation qu’il eut avec le prétendu bourgeois de Versailles, il laissa échapper plusieurs renseignements précieux sur la situation de Paris. Le collaborateur de Stieber les fit aussitôt transmettre à M. de Bismarck.

Celui-ci tenait absolument à savoir au juste ce qui se passait dans la capitale avant d’engager les négociations.

Dès que le ministre français fut installé au deuxième étage de la maison du boulevard du Roi, M. de Bismarck appela le chef de la police et lui dit :

— Jules Favre doit avoir emporté des journaux de Paris pour les lire en route… Il faut que vous me les procuriez. Je n’ai pas encore reçu le courrier de ce matin…

Stieber réfléchit un instant :

— Vous les aurez, répondit-il, et il retourna chez lui en réfléchissant.

Dans une lettre à sa femme, Stieber raconte que l’idée lui vint d’enlever tout le papier des water-closet et de défendre à son personnel d’en donner, afin d’obliger M. Jules Favre à se servir de ses journaux, quand les besoins de la digestion se feraient sentir.

Ce qu’il avait prévu arriva.

Le ministre français dut employer le papier qu’il avait dans ses poches.

Et dès qu’il eut quitté les lieux d’aisance, le chef de la police courut s’emparer non seulement de tout ce qui restait des journaux parisiens du jour, mais aussi de ce qui avait été employé.