— Alors, je dois, à mon grand regret, mettre à exécution le mandat dont je suis porteur.
Le commissaire tendit au comte un papier qui était un ordre d’arrestation en bonne et due forme.
Le comte d’Arnim ne s’attendait guère à ce coup de théâtre. Il comptait sur son crédit à la cour, sur la bienveillance de l’empereur. On l’avait, il est vrai, prévenu ; mais, dédaigneux, il avait répondu comme le duc de Guise : « Ils n’oseront pas. » Il eut un instant, un seul instant de trouble, dont il se remit vite ; prenant du bout des doigts le mandat, il le parcourut rapidement :
— Comment ? je suis arrêté parce qu’on me soupçonne de vouloir m’enfuir à l’étranger !… Quelle fable !
— Pardon, monsieur le comte, fit le commissaire de police, n’avez-vous pas contracté un emprunt hypothécaire sur ce château et n’attendez-vous pas aujourd’hui même une lettre de crédit de 120,000 thalers ? (440,000 francs.) Eh bien ! pourquoi auriez-vous emprunté une telle somme, et quelle raison auriez-vous de vous la faire assigner, si vous n’aviez pas l’intention d’aller à l’étranger, si vous ne songiez pas à fuir ?
— Allons, dit M. d’Arnim avec un sourire de mépris, je vois que la police de M. de Bismarck est toujours bien faite… C’est vrai, j’ai contracté cet emprunt, j’attends la lettre de change ; mais je ne voulais pas m’enfuir à l’étranger…
— Que comptiez-vous faire de cette grosse somme ?
— Ceci me regarde, monsieur, répondit avec hauteur l’ex-ambassadeur.
Le jour même, le diplomate était écroué dans la petite prison de la ville voisine. Le lendemain, il partait pour Berlin, où sa détention fut d’abord très rigoureuse et ne se relâcha qu’au bout de quinze jours, lorsqu’on dut transférer le prisonnier malade à l’hospice de la Charité.
Pendant ce temps, la police continuait ses investigations ; une commission judiciaire ayant à sa tête le procureur général Tessendorf vint à Paris, s’installa à l’ambassade et interrogea minutieusement tous les employés, jusqu’aux garçons de bureau.