Depuis cette époque, la Correspondance française (titre ironique s’il en fut) est devenue un instrument de plus entre les mains de l’ambassade allemande de Paris ; elle sert de véhicule à toutes les attaques et à toutes les calomnies que M. de Bismarck juge de temps à autre nécessaire de diriger contre la France.
C’est par l’intermédiaire de la Correspondance française notamment qu’a été conduite avec une savante perfidie cette campagne qui, grossissant quelques incidents sans importance, quelques articles sans la moindre autorité, a persuadé aux étrangers qu’ils n’étaient plus en sûreté en France, où l’on ne songeait qu’à les égorger, et que le séjour de Paris était des plus dangereux pour tout individu d’origine allemande, alors que 60,000 ex-soldats ou futurs soldats de M. de Moltke battent le pavé de la grande ville et savent s’arranger de manière à prospérer, tandis que les négociants et les ouvriers français sont aux abois.
Les journaux allemands reproduisent de bonne foi ces absurdités calomnieuses, et le lecteur effrayé se figure que la France n’est plus qu’un repaire de brigands.
Un sous-Beckmann, un certain Nordau, qu’un ministre français a décoré du ruban violet d’officier d’académie, a bien fait un ouvrage en deux tomes pour prouver que les habitants des bords de la Seine auraient plus besoin d’être civilisés que ceux des bords du Congo !
Le grand chef de la police prussienne, le fameux Stieber, malade pendant quatre ans, est mort en 1882.
Stieber n’a pas été officiellement remplacé. Mais on peut en être certain, « l’abbaye ne chôme pas faute d’un moine. »
Si le chef n’est plus, la légion des agents qu’il a recrutés, instruits et dressés, a l’œil et l’oreille partout où il y a quelque chose à apprendre ou à observer.
La police secrète prussienne s’est même perfectionnée au point d’avoir aujourd’hui à son service des personnalités qui, par leur haute situation financière dans le monde parisien, semblent à l’abri de tout soupçon.
Nous pourrions citer des salons très courus par certains députés qui sont, certes, bien loin de se douter que les grandes dames auxquelles ils vont offrir leurs respectueux hommages sont en relations d’affaires avec le bureau des renseignements secrets du gouvernement prussien.