Là, on fit sauter les serrures des tiroirs avec des pinces monseigneur, et M. de Bismarck se frotta les mains en découvrant ce qu’il cherchait : une volumineuse correspondance très compromettante, et les minutes de plusieurs articles écrits de la main de M. de Prokesch-Osten, et dont l’un, entre autres, contenait de violentes attaques contre le système monarchique.
M. de Bismarck s’empressa d’envoyer à Berlin tout le paquet, avec des indications sur la manière de s’en servir.
Sa dépêche se trouve tout au long dans le recueil de pièces publiées par M. de Poschinger : la Prusse à la Diète.
M. de Manteuffel, craignant de blesser les partisans de l’Autriche, encore très nombreux à la cour de Prusse, ne fit pas publier ces documents ; il se contenta de prévenir le cabinet de Vienne et d’obtenir le rappel de M. de Prokesch-Osten.
Néanmoins, l’affaire fut ébruitée, et les procédés dont s’était servi M. de Bismarck n’augmentèrent pas la sympathie qu’on avait pour lui à Francfort[17].
[17] M. Busch, dans son apologie du chancelier (Unser Kanzler), publiée récemment, mentionne ce curieux incident, mais en attribuant la découverte de ces pièces au hasard ! C’est le cas de rappeler les vers de Ruy Blas :
Hasard !
Mets que font les fripons, pour les sots qui le mangent.
L’ambassadeur prussien n’était guère aimé des habitants de la cité libre. On se moquait de son air hautain, de ses façons arrogantes, du monocle qu’il avait constamment fiché dans l’œil et de sa calvitie ornée des trois cheveux devenus légendaires depuis cette époque. Quand il sortait, les gamins l’accompagnaient de leurs sifflets et de leurs huées. Aussi, en 1866, M. de Bismarck s’est-il noblement vengé de ces petites piqûres d’épingle en imposant une énorme contribution de guerre aux Francfortois et en confisquant pour toujours leur antique liberté.