Il lui écrivit un billet non signé, l’informant « qu’un ami de la France » désirait lui faire une communication de la plus haute importance pour son pays. Le billet portait que si M. Rothan consentait à écouter cet « ami de la France » il n’avait qu’à faire insérer dans les annonces de la Gazette de Voss qu’il était prêt à se trouver tel jour, à telle heure, au village de Zehlendorf près Berlin. L’inconnu ne manquerait pas de s’y rendre.

Le 24 juillet 1855, la Gazette de Voss, celle que les Berlinois appellent la « tante Voss », sans doute parce que dans la langue familière berlinoise « tante » est synonyme de radoteuse, contenait l’avis suivant :

Oui ; aujourd’hui 24 juillet, à cinq heures de l’après-midi.

A l’heure indiquée, Teschen était au rendez-vous avec la précision d’un vieux militaire. Mais grand fut son désappointement, lorsqu’à la place du diplomate français, qu’il connaissait de vue, il fut abordé par un de ses compatriotes qui l’interpella par son nom.

Cet individu exhiba une carte de visite de M. Rothan, en ajoutant qu’il était le fondé de pouvoirs du secrétaire d’ambassade ; il dit qu’il s’appelait Hassenkrug, autrefois employé dans les bureaux de la préfecture de Berlin, et pour le moment agent secret de l’ambassade de France.

Hassenkrug, pour mieux gagner la confiance de Teschen, se lança dans un interminable récit de ses prouesses, des services rendus à l’ambassade française, et fit sonner bien haut combien un tel concours était récompensé largement.

— Ce ne sont pas des grippe-sous comme nos gens à nous, fit-il, qui retournent cent fois un billet de cent thalers et se décident à la fin à ne lâcher qu’un louis d’or.

Mais Teschen se montra très boutonné.

L’ancien employé de la police ne lui disait rien qui vaille ; il craignait quelque piège ; il se refusa à toute communication s’il n’était pas mis en présence de M. Rothan lui-même.

Son désir fut satisfait peu de temps après.