— Mais, sire, objecta M. de Hinkeldey, c’est que les hôtes de ces tripots ne sont pas les premiers venus ; il y a parmi eux de grands noms, même des membres de la Chambre des Seigneurs.
— Qui, par exemple ?
— M. de Rochow, sire.
— Oui, il a toujours eu des goûts dissipateurs, celui-là. Où se réunissent ces messieurs ?
— A l’hôtel du Nord, où ils ont créé un « Jockey-Club ».
— Eh bien, monsieur de Hinkeldey, j’entends que dans les quarante-huit heures le Jockey-Club soit fermé et les scellés apposés sur les locaux où l’on joue ; c’est dit, n’est ce pas ?
M. de Hinkeldey s’inclina profondément et sortit, ne pouvant réprimer sur ses lèvres un sourire de satisfaction et de triomphe.
Une vieille inimitié existait entre M. de Hinkeldey et ce comte de Rochow, issu d’une des plus nobles familles de l’ancienne Prusse. Cette aristocratie considérait toutes les charges de l’État comme autant de fiefs qui lui revenaient de droit. Lorsqu’un étranger de petite extraction arrivait à une position importante, ces messieurs le regardaient comme un aventurier et ne lui marchandaient pas leur opinion. A plusieurs reprises, de petits conflits, des froissements avaient eu lieu entre le directeur de la police et le jeune comte ; M. de Hinkeldey était donc enchanté de pouvoir lui faire sentir son autorité.
Un soir de juillet 1855, pendant que la partie chauffait dans les salons du Jockey-Club, une expédition s’organisait à l’hôtel de la direction générale de police. Un commissaire recevait les dernières instructions du chef, tandis que quatre agents et une douzaine de gendarmes étaient réunis dans une grande salle voûtée, prêts à partir au premier signal.