— Je n’ai que faire de sa démission, s’écria-t-il. J’ai besoin de le voir, je veux le voir, je l’ai attendu toute la matinée… Le duel s’est-il bien passé, au moins ?… Dites-lui qu’il vienne me le raconter…

— Sire, balbutia le général…

Le roi remarqua l’extrême pâleur de son adjudant :

— Eh bien ! fit-il, que s’est-il passé ?… A-t-il tué son adversaire ? Ce serait grave !… Non… C’est Hinkeldey qui a été blessé ?… Dites vite, que j’aille le voir… Répondez donc !

— Hélas, sire, c’est trop tard… Hinkeldey n’est plus !

Le roi fut comme anéanti.

Une pâleur mortelle se répandit sur ses traits ; il resta un moment sans pouvoir articuler une parole.

— Mort !… tué ! dit-il enfin d’une voix sourde, comme se parlant à lui-même… Tué à cause de moi ! C’est sur mon ordre qu’il a fait une descente dans leur tripot… On l’a insulté, on l’a provoqué… il a dû se battre à cause de moi !… Je l’ai poussé dans la tombe… Dieu me pardonnera-t-il ?

A l’abattement profond, accablant, dans lequel était tombé Sa Majesté, succéda un de ces accès de violente colère qui, par leur fréquence, donnaient déjà de sérieuses inquiétudes aux médecins de Frédéric-Guillaume.

— Ah ! c’est vous, général, s’écria-t-il, qui lui avez servi de second ! Eh bien, je vous destitue de vos fonctions, je vous chasse, je vous bannis… Je ne veux plus vous voir… Vous entendez ?