— Mais sire, essaya de répliquer M. de Münchhausen…
— Laissez-moi, ne me parlez pas, je vous déteste, vous me faites horreur… Sortez, je vous chasse !
Une contraction nerveuse donnait à la figure du roi un aspect effrayant. Il y avait aussi dans son regard une fixité étrange. M. de Münchhausen eut peur et sortit. Il courut chez le premier médecin de Sa Majesté, l’avertir que son auguste maître aurait très probablement besoin de ses soins. Puis il partit le soir même pour la campagne.
Sa disgrâce ne fut pas longue.
Quelques jours après, il était rappelé et il reprenait ses fonctions au palais.
M. de Rochow s’était présenté dès la première heure chez le juge d’instruction, et, sur l’ordre de ce magistrat, il avait dû se constituer prisonnier. Mais vingt-quatre heures ne s’étaient pas écoulées que le jeune gentilhomme était réclamé par l’autorité militaire.
Aux yeux de la Commandature, le duel n’était pas un délit entraînant une détention préventive, et comme l’adversaire de M. de Hinkeldey était officier de la réserve, il fut mis en liberté.
M. de Rochow put reprendre son siège à la Chambre haute. La veille, le président de cette assemblée, le prince de Hohenlohe, avait exprimé en ces termes la sympathie qu’il éprouvait pour M. de Rochow :
« Un de nos collègues, placé entre la loi du pays et les exigences de l’honneur, a obéi à celles-ci, ce qui l’a empêché de se trouver au milieu de nous. »
L’enterrement de M. de Hinkeldey eut lieu le 17 mars.