Quand on lui demandait des nouvelles de sa santé, il répondait : « Vous voulez savoir comment va le roi Frédéric ? Mais il n’y a plus de roi Frédéric. Il est mort. Ils l’ont assassiné avec Hinkeldey. Ce que vous voyez devant vous est un mannequin qui lui ressemble. Vous devriez bien leur dire d’en faire un autre. Ce rôle de mannequin est ridicule et fatigant. »

Parfois, il se sentait si lourd qu’il ne pouvait marcher, ou si léger qu’il voulait voler, ou si gros qu’il ne pouvait plus remuer dans la chambre qu’il croyait remplir tout entière.

Il vieillissait et maigrissait à vue d’œil. Il ne mangeait plus et demandait toujours à boire. A la tombée de la nuit, des peurs subites le prenaient, secouant tout son corps, provoquant un roulement convulsif des yeux.

Il traîna ainsi pendant trois ans, n’étant plus que l’ombre de lui-même.

Son état fut soigneusement caché au public. Son frère, le prince de Prusse[25], exigea que la régence lui fût conférée.

[25] L’empereur actuel.

Enfin, un soir, le 30 décembre 1860, Frédéric-Guillaume s’éteignit doucement et presque oublié.

On l’enterra, conformément au vœu qu’il avait exprimé, dans la petite église de la Paix, à Potsdam.

VI

Entrevue secrète d’un journaliste prussien avec un homme d’État autrichien. — Mission confidentielle de M. Wollheim en Italie. — Son retour à Paris. — Ses relations avec M. de Girardin et l’Agence Havas. — Petit voyage à la recherche de subventions allemandes. — Entretien de M. de Bismarck avec M. Wollheim. — M. le chevalier retourne au service de la Prusse. — Son voyage de Berlin à Reims pendant la campagne de 1870. — Il se fait passer pour un Espagnol. — M. Wollheim, rédacteur en chef du Moniteur de Reims. — Instructions relatives à la presse française. — M. de Saufkirchen et la peste bovine. — Un duel ridicule. — Gracieuse hospitalité de la veuve Pomery. — Perte des traces du « reptile » Wollheim.