« — Je suis très heureux, dit-il, non sans une nuance d’ironie dans la voix, de faire la connaissance personnelle d’un de nos plus intimes ennemis. »
« Très surpris par cette apostrophe dite d’un ton enjoué et à laquelle j’étais loin de m’attendre, je répondis en souriant vaguement :
« — Votre Excellence est trop bonne. »
Et M. Wollheim s’informa très candidement pour quel motif M. de Bismarck le considérait comme un ennemi de la Prusse.
Le premier ministre rappela à l’oublieux ex-reptile à la solde de l’Autriche qu’il avait écrit, par ordre du cabinet, différentes brochures dirigées contre la Prusse, qui ne devaient pas le faire noter d’une façon bien avantageuse à Berlin. M. le chevalier da Fonseca prit son air bête, ce qui sans doute ne lui coûtait guère d’effort, et fit comme s’il ne comprenait pas.
L’entretien dura longtemps, et le commis-voyageur de la maison Havas ne manqua point de donner libre cours à son babillage sur la question autrichienne, la question danoise, les affaires des duchés, etc. Quant à l’objet de sa visite, les abonnements à la correspondance Havas, il obtint la promesse que le gouvernement prussien en prendrait quelques-uns.
« — Il faut vous adresser à M. le conseiller de légation Keudell, ajouta le futur chancelier ; c’est lui qui s’occupe de la presse. Au fond, tout ce que les journaux écrivent ou n’écrivent pas m’est indifférent. Mais je ne voudrais pas cependant que vous vous fussiez dérangé inutilement. »
A la fin de cette entrevue, M. de Bismarck ayant appris que son interlocuteur allait se rendre à Vienne :
« — Connaissez-vous le ministre des affaires étrangères autrichien actuellement en fonctions ? demanda-t-il.
« — Je n’ai pas cet honneur, répondit M. Wollheim, mais j’espère qu’il me recevra aussi favorablement que Votre Excellence.