Comme ce sont ceux qui payent le moins qui se montrent le plus exigeants, on ne fut pas satisfait, paraît-il, en haut lieu, des services rendus par le Contrôle, qui ne contrôlait pas grand’chose. On trouvait qu’il y avait trop de nouvelles théâtrales et pas assez de renseignements politiques ; on chicana bientôt M. de Wollheim sur ces misérables 375 francs qu’on lui attribuait par mois, et finalement on les lui supprima. C’était peu de temps avant la guerre de 1870. Pour la seconde et dernière fois la Controlle mourut de sa triste mort.

M. le chevalier Wollheim da Fonseca, redevenu disponible, était entré en pourparlers avec un grand journal anglais pour l’envoi de correspondances de Berlin, lorsqu’il reçut, au mois de septembre 1870, une dépêche du prince Charles de Hohenlohe, ainsi conçue :

Reims. Si vous êtes disposé à accepter un poste de journaliste auprès du gouvernement militaire de cette ville, je vous prie de venir immédiatement ici.

Ayant le choix entre la position indépendante de correspondant d’une grande feuille britannique et celle de Presshusar[30] à la solde d’un gouvernement, le fier chevalier n’hésita pas une minute.

[30] Hussard ou cosaque de la presse.

Dès le lendemain, un train express l’emportait vers la France envahie.

Comme tant d’autres, après y avoir joui de l’hospitalité la plus entière et vécu pendant un an de l’argent des contribuables français (il avait rempli en 1867 les fonctions d’interprète en chef au bureau de poste établi dans l’enceinte du Champ de Mars), ce preux Hambourgeois revenait en France en vainqueur ; il accourait à l’heure de la curée.

Le voyage ne s’effectua pas sans encombre, sans quelques petites mésaventures. Jusqu’à la frontière, cela alla bien ; mais à partir de Forbach, toute exploitation réglementaire ayant cessé, pour continuer sa route il fallait s’en remettre à la grâce de Dieu.

Bien que muni d’un billet de première classe, M. le chevalier voyage de Forbach à Pont-à-Mousson dans un wagon à bestiaux, avec des prisonniers français qui le prennent d’abord pour un « mouton » chargé de les espionner, mais qui s’apprivoisent lorsque M. le chevalier se met à raconter en argot militaire ses campagnes de 1832 en Portugal, où il a servi dans un bataillon de tirailleurs français auxiliaire ; et lorsqu’il offrit des cigares et du vin, M. de Wollheim raconte que les « les pauvres diables lui serrèrent la main » ; il prétend même qu’il fut acclamé, mais la Prusse aussi a ses gascons.

A Commercy, notre « reptile » essaye de s’introduire dans un wagon de seconde classe. Trois officiers qui s’y trouvent repoussent brutalement leur compatriote. M. le chevalier nous dit qu’il serait resté en panne sur le quai de la gare, si de simples soldats, plus humains et plus hospitaliers que leurs chefs, n’avaient consenti à le recueillir dans un compartiment des troisièmes, où il passa la nuit à jeun, mais rêvant qu’il faisait un excellent souper chez Hiller, le Brébant de Berlin.