La veuve Pomery présidait à ces goinfrades.

M. Wollheim a enregistré soigneusement les reparties spirituelles qui s’échangeaient entre elle et lui. Un jour, la maîtresse du logis lui ayant offert de la salade :

— Merci, dit en français M. le chevalier, — je ne broute pas.

Une autre fois, on parlait d’une nouvelle favorable donnée par un journal français :

— Mais j’ai démenti cela dans le Moniteur, fit M. Wollheim.

— Pardonnez-moi, monsieur, répondit Mme Pomery, mais je ne lis jamais le Moniteur (prussien).

— Voyons, madame, fit alors le rédacteur de cette feuille, vous n’allez pas me la faire à l’oseille !

Ces deux « traits d’esprit », qui donnent la mesure de la hauteur du « plafond » de M. le chevalier, sont en français dans le livre qu’il a publié.

Malheureusement le volume d’indiscrétions de M. Wollheim s’arrête au mois de décembre 1870, sur le récit d’une pantagruélique ripaille en l’honneur de la fête de Noël. Nous ignorons donc ce que M. le chevalier da Fonseca a fait dans la suite pour la plus grande gloire de M. de Bismarck. Tout ce que nous pouvons dire en terminant ce long chapitre, destiné à faire connaître d’après ses propres aveux un des plus beaux échantillons de « reptiles de presse » et d’agent politique secret, c’est que M. le chevalier Wollheim da Fonseca adressa de Reims un mémoire très détaillé à M. de Bismarck pour la création, à Paris, d’un grand journal en langue française, destiné à défendre après la guerre les intérêts de la Prusse.

Ce beau projet n’a pas été, que nous sachions, mis à exécution. M. de Bismarck n’avait pas besoin d’un organe particulier, dont on aurait bientôt vu le bout de l’oreille. On pouvait, par d’autres moyens et sans éveiller l’attention, arriver aux mêmes fins.