Mais toute la nuit se passa; mais l'aurore descendit du ciel; mais quatre heures sonnèrent, puis cinq, puis six, sans réaliser le secret espoir de la malheureuse fiancée, sans que Gustave eût paru?

Seulement, comme le dernier coup de la sonnerie vibrait encore au-dessus des assistants silencieux, Champfort entra dans le grand salon.

Il était extrêmement pâle et paraissait exténué de fatigue.

Laure, assise près de sa mère et à quelque distance de la table où se tenait un grave notaire, jeta à son cousin un coup d'oeil interrogateur; mais celui-ci ne put que courber la tête dans un geste de suprême désespoir.

—Allons! le sort en est jeté, se dit la jeune fille, consommons courageusement notre sacrifice...,. Dieu n'a pas voulu que j'eusse ma part de bonheur sur la terre!

Et, calme, stoïque, impassible, elle écouta la lecture du contrat de mariage, faite en ce moment par le notaire.

Le plus profond silence régnait parmi les nombreux assistants, rassemblés dans le salon. Seuls, Paul Champfort et Edmond Privat, retirés à l'écart, causaient d'une façon extrêmement animée.

Les deux jeunes gens paraissaient sous le coup d'une violente émotion et semblaient discuter une question d'un haut intérêt, car sur leurs pâles figures se lisait le bouleversement le plus terrible. Champfort, surtout, avait l'air furieusement excité et dominé par une de ces froides colères que l'on ne maîtrise pas.

Le jeune Privat, plus raisonnable, faisait tous ses efforts pour calmer son cousin.

Cependant, le notaire acheva la lecture du contrat de mariage au milieu du silence général. Il promena alors, à travers ses lunettes, un regard interrogateur sur les intéressés; puis, constatant que personne n'avait d'objection à faire, il se leva et présenta au futur époux, Joseph Lapierre, son siège et sa plume.