—Oui, c'est bien Gustave, murmura-t-il comme se parlant à lui-même. Seulement, tu es si changé depuis sept ans, que je ne t'aurais certes pas reconnu, sans cette, histoire...

—Que veux-tu dire? demanda Després, qui, à son tour, regardait le petit étudiant dans les yeux et lui trouvait une bizarre ressemblance.

—Je veux dire, répondit l'enfant d'une voix émue, que la destinée a d'étranges voies et qu'elle place aujourd'hui en face l'un de l'autre deux hommes qui étaient amis de vieille date, sans se connaître...

—Mais nous nous connaissons depuis plus d'un mois!

—Oui, de figure. Mais te serais-tu imaginé mon vieux Gustave, que sous le sobriquet de Caboulot donné par les camarades devait se lire le nom de Jacques Gaboury?

—Toi, Jacques Gaboury, le petit Jacques que j'ai sauvé là-bas, le frère de... Louise! exclama Després, en mettant ses deux mains sur les épaules de l'enfant et le dévorant du regard.

—Oui, c'est bien moi; c'est bien le petit gamin qui allait se noyer dans le Richelieu, sans ton secours.

—Qui aurait pu dire?... murmura le Roi des Étudiants. En effet, ta figure me revient maintenant, malgré que je n'aie pas eu l'occasion de te voir longtemps là-bas.

—Seulement le temps des vacances... J'étais au collège, vois-tu.

—Je me souviens, je me souviens... Comme tu es changé, mon pauvre Jacques! Ce sont bien les mêmes traits principaux, les mêmes yeux, surtout... Mais tout cela a pris des formes plus accusées... Et puis, tu as grandi, tu t'es développé—si bien que je ne t'aurais certainement, pas reconnu, mon cher enfant.