—Je suis la victime du plus lâche attentat qui se puisse imaginer... J'ai été abandonné sur un îlot perdu, à marée basse, avec en perspective d'une lente agonie et d'une mort inévitable, quand la mer viendrait à couvrir mon rocher, au montant.

—C'est horrible, cela! interrompit le Canadien, s'approchant du naufragé avec un redoublement d'intérêt.

—Laissez-moi vous raconter cette histoire, qui ressemble à un conte des Mille et Une Nuits.

Le capitaine fit un geste d'assentiment.

—Allez, mon jeune ami, dit-il en bourrant sa pipe. J'ai aujourd'hui, grâce au bon vent, plus de loisirs à vous consacrer, que d'habitude.

Alors Arthur fit le récit court, mais très mouvementé, de ce qui avait précédé et amené, suivant lui, l'affaire de l'Îlot.

Puis il conclut, en disant:

—Que pensez-vous, capitaine, d'un parent capable d'une pareille infamie?

—Je pense que ce gaillard-là finira par être pendu à la maîtresse vergue du premier navire sur lequel il mettra le pied,—quand ce serait le mien....

En attendant, jeune homme, suivez-moi où j'irai, et soyez certain qu'en juin prochain,—avant la visite du missionnaire qui pourrait bien, sans cela, marier votre cher cousin à votre fiancée,—je vous, aurai ramené à Kécarpoui, où vous réglerez vos comptes avec cet aimable assassin.