A peine a-t-il disparu, qu'une tête émerge d'un fouillis de broussailles masquant une anfractuosité de la rive à pic, à quelques pieds de l'endroit où s'est tenue la conversion rapportée plus haut.
Cette tête, livide et haineuse, est suivie d'un corps musculeux et, trapu,—le tout appartenant à Gaspard Labarou.
—Ah! c'est comme ça!.... murmure-t-il avec un ricanement amer On verra bien si la fille de la victime va faire des mamours au fils de l'assassin.... Malheur à eux si!...
Le reste de la phrase est ponctué par un geste sinistre.
Et Gaspard s'élance dans la direction du nord, ne s'écartant pas toutefois de la rivière, qu'il a sans doute l'intention de franchir à gué dans quelque endroit connu de lui seul.
En effet, une dizaine d'arpents plus haut, il rencontre une mince épinette penchée au-dessus d'un endroit où la Kécarpoui, profonde et rétrécie, coule avec la rapidité d'un torrent.
Agile et fort, le sombre personnage, mettant son fusil en bandoulière, grimpe comme un chat jusqu'aux deux-tiers de sa hauteur.
L'arbre, mince et flexible, se courbe, se penche....
Gaspard, suspendu par les mains, lâche prise....
Il est sur l'autre rive.