Ayant aperçu ce dernier, il s'arrêta et fit mine de recharger son arme. Mais, voyant la bête immobile sur le flanc, il remit en place la baguette, à demi tirée, du fusil qu'il tenait do la main gauche et s'avança, tout courbé, vers l'animal, en apparence mort.
A deux pas de sa victime, le sauvage s'arrêta de nouveau et se mit en frais do fourrer le canon de son arme sous le cadavre, pour le retourner, sans doute, et voir la blessure par où la vie c'était échappée.
Mais il arriva alors quelque chose de bien inattendu et de bien terrible....
D'un coup de patte, l'ours fit voler le fusil au loin; puis bondissant sur le sauvage abasourdi, il l'écrasa sous sa masse pesante, lui labourant en même temps la poitrine, de ses longues griffes.
Pendant quelques secondes, l'homme et la bête s'agitèrent....
Puis l'homme demeura immobile....
Il était mort!
La scène avait déroulé ses péripéties si vite, que ni l'enfant, muet et terrifié, ni les deux cousins, frappés de stupeur, n'avaient eu lo temps d'intervenir.
Ce fut le petit sauvage qui secoua le premier l'espèce de paralysie qui immobilisait les trois spectateurs....
Tirant un couteau d'une gaine de cuir, suspendue à sa ceinture, il se rua sur l'ours avec frénésie et se prit à lui cribler les flancs de blessures profondes.