11º Traduction d'Auguste Dozon, dans les Poésies populaires serbes, Paris, 1859: «La Femme de Haçan-Aga.» Cette traduction est faite d'après le texte serbe de Karadjitch et non pas d'après celui de Fortis[708]. M. Matić se trompe lorsqu'il prétend qu'elle «direkt auf dem Original beruht». (Archiv für slavische Philologie, t. XXIX, p. 67.)
Que voit-on de blanc dans la verte montagne?
Est-ce de la neige, ou sont-ce des cygnes?
Si c'était de la neige, elle serait déjà fondue,
[Si c'étaient] des cygnes, ils auraient pris leur vol.
Ce n'est ni de la neige, ni des cygnes,
Mais la tente de l'aga Haçan-Aga.
Haçan a reçu de cruelles blessures;
Sa mère et sa sœur sont venues le visiter,
Mais sa femme, par pudeur, ne pouvait le faire.
12° Traduction de Jacques Porchat, dans les Œuvres de Goethe, t. I, Paris, 1861, pp. 90-92: «Complainte de la noble femme d'Asan Aga.»
Que vois-je de blanc là-bas près de la forêt verte? Est-ce peut-être de la neige ou sont-ce des cygnes? De la neige, elle serait fondue; des cygnes, ils seraient envolés. Non, ce n'est pas de la neige, ce ne sont pas des cygnes: ce qui brille, ce sont les tentes de Asan Aga. Là il est gisant, il est blessé. Sa mère et sa sœur le visitent; la pudeur empêche sa femme de se rendre auprès de lui.
13° Paraphrase donnée par M. Colonna [d'après Mérimée] dans les Contes de la Bosnie, Paris, 1898, pp. 115-121: «Triste ballade.» Nous reviendrons ailleurs sur les plagiats de M. Colonna.
Le Bélierbey de Banialouka est à la chasse… Il a tué un cerf et un chamois, mais en rechargeant son long fusil d'or et de corail, il s'est blessé, et son sang coule sur son caftan de soie, comme le sang de l'aigle sur ses plumes blanches!
Ses serviteurs fidèles ont dressé dans la montagne sa tente de
pourpre. Sa mère et sa sœur sont accourues soigner sa blessure;
seule sa femme, la belle Militza, n'a point osé quitter le harem
sans être appelée par son seigneur…
C'est là, la fortune de la Triste ballade en France. Ajoutons qu'Adam Mickiewicz analysa longuement cette poésie serbo-croate dans son cours des littératures slaves, professé au Collège de France en 1840 et 1841, et publié en 1849.
M. Tomo Matić, qui a fait une étude spéciale sur les traductions françaises de la Triste ballade[709], mais qui n'en connaissait que cinq, en cite deux autres, sur l'autorité de M. Skerlitch, dit-il[710]. La première aurait été publiée par le baron Eckstein dans le Catholique en 1826, la seconde par Mme Sw. Belloc dans le Globe en 1827. Vérification faite, M. Matić blâme sévèrement M. Skerlitch de l'avoir induit en erreur, car ces traductions n'existent pas[711]. Nous avons lu et relu l'article qu'il cite; une seule phrase a retenu notre attention; mais il n'y est question que des traductions françaises de poésies serbes en général[712]. En effet, on trouve dans le Catholique de 1826 deux longs articles sur la poésie serbe, et dans le Globe de 1827 plusieurs chants du recueil de Karadjitch, traduits par Mme Sw. Belloc. Du reste, nous en avons déjà parlé.
IV. Autres Pays.—Outre la version de Fortis, il existe d'autres traductions italiennes: de P. Cassandrich, dans les Canti popolari epici serbi, Zara, 1888, pp. 195-202; de N. Jakšić, de Zarbarini, etc. George Ferrich a mis la Triste ballade en hexamètres latins, dans son Epistola ad Joannem Muller, Raguse, 1798, pp. 17-20. Il s'est servi de la traduction italienne de Fortis[713]. Le poète hongrois bien connu, François Kazinczy a traduit le Klaggesang de Goethe en sa langue maternelle. La ballade est traduite aussi en tchèque, par S.R. Slovak, et en russe (deux fois: par Vostokoff et, en partie, par Pouchkine). Une version espagnole figure, sans doute, dans la traduction de Smarra de Charles Nodier, parue à Barcelone en 1840[714].