Un vol. grand in-18, cartonné. Prix, 5 francs.
Hyacinthe Maglanovich, joueur de guzla et poète illyrien, est peu connu hors de son pays; mais l'élégant traducteur ou imitateur de ses chants poétiques assure l'avoir rencontré dans ses voyages, et donne sur sa personne des détails trop positifs pour qu'on puisse, sans témérité, regarder son récit comme une simple fiction. Quoi qu'il en soit, on peut affirmer, sans crainte de se voir contredit, qu'après avoir lu quelques-unes des ballades ou barcarolles du barde illyrien, telles que l'Aubépine de Veliko, la Belle Hélène ou le Vampire, soit l'Amant en bouteille ou Hadagny, il ne se trouvera personne qui n'accorde volontiers à la muse d'Hyacinthe Maglanovich une originalité fort remarquable, un intérêt vif et soutenu, et des inspirations fortes, souvent gracieuses et toujours poétiques. Cela posé, que le traducteur soit Français, comme on serait porté à le croire, ou qu'il soit Italien, si l'on s'en rapporte à la préface, nous ne chercherons point le mot de cette énigme, bien qu'il ne nous fallût peut-être pas remonter très haut pour le trouver. Bornons-nous à dire qu'il serait difficile de tirer un meilleur parti qu'il ne l'a fait des poésies du joueur de guzla, et qu'il a su les traduire en notre langue, non seulement avec goût, mais en leur donnant un plus vif intérêt, par des notes fort curieuses sur les mœurs peu connues des Morlaques et peuples voisins, témoin celle sur le vampirisme, si fort en vogue il y a quelques années.
Le volume contenant ces poésies est imprimé en fort beaux caractères, sur papier vélin, et cartonné à la Bradel. En tête se trouve un joli portrait lithographié d'Hyacinthe Maglanovich, jouant de la guzla. Il peut prendre rang parmi les livres agréables qu'on est dans l'usage d'offrir pour étrennes.
XX.
Il se vend à Paris, chez F.-G. Levrault, rue de la Harpe, nº 81; et même maison, à Strasbourg[755].
Cette annonce contient un témoignage précieux: c'est que l'imprimeur strasbourgeois reconnaît qu'il ne faut pas peut-être remonter très haut pour trouver l'élégant traducteur ou imitateur de ces chants poétiques». Elle est donc inexacte cette légende qui veut que la personne de l'auteur de la Guzla fût mystérieuse même pour le libraire jusqu'au jour où l'avertissement de l'édition de 1842 vint la lui révéler.
§ 3
L'ÉDITION DE 1842
Mérimée paraît avoir été fort mécontent de l'insuccès du livre; il lui a toujours gardé rancune. Quatre ans après la publication de la Guzla, il écrivit à un ami, dont nous ignorons le nom, la lettre que voici:
Le 16 juillet 1831.