Dans la partie qui va suivre, nous nous sommes proposé d'étudier les procédés de composition de l'auteur de la Guzla.

Surprendre un écrivain sur son travail: rattacher à leurs vraies sources les éléments dont il a formé son œuvre—retrouver les principes qui l'ont guidé dans le choix de ces éléments—indiquer la manière dont il s'en est servi—l'art avec lequel il les a combinés—l'effet qu'il a produit—est en soi une tâche suffisamment intéressante, utile et, il faut bien le reconnaître, des moins ingrates.

Appliqué à un écrivain comme Mérimée, ce genre d'études prend une importance exceptionnelle. Privés de ses manuscrits, de sa bibliothèque, de ses collections,—un accident stupide ayant détruit l'atelier d'où sont sorties les_ Carmen et les Colomba—_nous ne pourrons connaître que très imparfaitement—et par quels longs détours, après quelles recherches pénibles,—la mystérieuse élaboration des chefs-d'œuvre du Maitre.

Poursuivies particulièrement sur la Guzla—qu'il nous soit permis de le dire—ces investigations offrent un intérêt non moins considérable. Guidé par une intuition puissante, le jeune romantique de 1827 a-t-il su deviner «l'âme» du peuple serbo-croate, comme l'ont cru quelques critiques contemporains? Ou au contraire, doué d'une imagination qui ne tardera pas à se dessécher, et suivant la voie ordinaire de sa génération, a-t-il tout simplement créé de toutes pièces un pays qui ne ressemble à rien moins qu'à l'Illyrie? Ou enfin, inspiré par des lectures plus ou moins instructives, a-t-il pu reconstituer un monde déjà existant?

Telles sont les questions qui se posent et auxquelles nous tâcherons de répondre.

CHAPITRE IV

Nodier, Fauriel, Chaumette-Desfossés, «L'Orphelin de la Chine».

§ 1. Date de la Guzla.—§ 2. Influence de Nodier. Le mot: guzla. Hyacinthe Maglanovich.—§ 3. Mérimée commentateur.—§ 4. L'Aubépine de Veliko: une inspiration chinoise.—§ 5. Voyage en Bosnie. Chants populaires de la Grèce moderne.

§ 1

DATE DE «LA GUZLA»