—«Thérèse Gelin, ce garçon est-il le fils de Jean?» Mais elle
répondit: «Vous ne verserez pas le sang d'un innocent.» Alors ils
ont tous crié: «C'est le fils de Jean Veliko!»
Joseph Spalatin voulait l'emmener avec lui, mais Fédor Aslar lui
perça le cœur de son ataghan, et il tua le fils de George
Estivanich, croyant tuer Alexis Veliko.
Dix ans après, devenu un chasseur robuste et adroit, Alexis Veliko demande à Thérèse Gelin: «Maman, pourquoi ces robes sanglantes suspendues à la muraille.»
-«C'est la robe de ton père, Jean Veliko, qui n'est pas encore vengé; c'est la robe de Jean Estivanich, qui n'est pas vengé, parce qu'il n'a pas laissé de fils.»
Le chasseur est devenu triste; il ne boit plus d'eau-de-vie de
prunes; mais il achète de la poudre à Segna: il rassemble des
heyduques et des cavaliers.
Le lendemain de la Pentecôte, il a passé la Mresvizza, et il a vu
le lac noir où il n'y a pas de poisson: il a surpris les trois beys
de l'est, tandis qu'ils étaient à table.
—«Seigneurs! seigneurs! voici venir des cavaliers et des heyduques
armés; leurs chevaux sont luisants; ils viennent de passer à gué la
Mresvizza: c'est Alexis Veliko.»
—«Tu mens, tu mens, vieux racleur de guzla. Alexis Veliko est
mort: je l'ai percé de mon poignard.» Mais Alexis est entré et a
crié: «Je suis Alexis, fils de Jean!»
Une balle a tué Nicolas Jagnievo; une balle a tué Joseph Spalatin;
mais il a coupé la main droite à Fédor Aslar, et lui a coupé la
tête ensuite.
—«Enlevez, enlevez ces robes sanglantes. Les beys de l'est sont
morts. Jean et George sont vengés. L'aubépine de Veliko a refleuri;
sa tige ne périra pas!»