Or, Nicolas Jagnievo, et Joseph Spalatin, et Fédor Aslar se sont réunis à Kremen. Ils ont bien mangé et bu de l'eau-de-vie de prunes et ils ont dit tous ensemble: «Que Jean Veliko meure avec son fils Alexis!» Le lendemain de la Pentecôte, ils descendent de la montagne avec leurs heyduques en armes. Ils passent la Mresvizza et s'arrêtent devant la maison de George Estivanich.

«Que venez-vous faire, beys de l'est? que venez-vous faire dans le pays de George Estivanich? Allez-vous à Segna complimenter le nouveau podestat?»

—«Nous n'allons pas à Segna, fils d'Étienne, a répondu Nicolas
Jagnievo; mais nous cherchons Jean Veliko et son fils. Vingt
chevaux turcs, si tu nous les livres.»

—«Je ne te livrerai pas Jean Veliko pour tous les chevaux turcs
que tu possèdes. Il est mon hôte et mon ami. Mon fils unique porte
son nom.»

Alors a dit Joseph Spalatin: «Livre-nous Jean Veliko, ou tu feras
couler du sang. Nous sommes venus de l'est sur des chevaux de
bataille, avec des armes chargées.»

—«Je ne te livrerai pas Jean Veliko, et, s'il te faut du sang, sur
cette montagne là-bas j'ai cent vingt cavaliers qui descendront au
premier coup de mon sifflet d'argent.»

Alors Fédor Aslar, sans dire mot, lui a fendu la tête d'un coup de
sabre; et ils sont venus à la maison de George Estivanich, où était
sa femme, qui avait vu cela.

—«Sauve-toi, fils d'Alexis! sauve-toi, fils de Jean! les beys de
l'est ont tué mon mari; ils vous tueront aussi» Ainsi a parlé
Thérèse Gelin.

Mais le vieux bey a dit: «Je suis trop vieux pour courir.» Il lui a
dit: «Sauve Alexis, c'est le dernier de son nom!» Et Thérèse Gelin
a dit: «Oui, je le sauverai.»

Les beys de l'est ont vu Jean Veliko. «À mort!» ont-ils crié: leurs
balles ont volé toutes à la fois, et leurs sabres tranchants ont
coupé ses cheveux gris.