Ce morceau, fort ancien, et revêtu d'une forme dramatique que l'on rencontre rarement dans les poésies illyriques, passe pour un modèle de style parmi les joueurs de guzla morlaques. (Page 165.)

Ce passage est remarquable par sa simplicité et sa concision énergique. (Page 89.)

Cette jolie chanson, très populaire Cette chanson est, dit-on, dans la Grèce entière, etc. populaire dans le Monténégro; (Idem, p. 125.) c'est à Narenta que je l'ai entendue pour la première fois. (Page 243.)

Ainsi Mérimée sut jouer admirablement l'un et l'autre rôle: ici accuser la modestie du simple amateur, et là laisser accroire que son Italien, traducteur et commentateur, possède en ces matières une autorité indiscutable. Il y en a dans son livre pour tout le monde: pour les sceptiques, les réserves toutes naturelles que doit faire un étranger qui traite d'un pareil sujet; pour ceux tout disposés à croire à l'authenticité de ses soi-disant ballades illyriques, la belle assurance d'un homme qui s'entend aux choses qu'il dit. À la fois caricature et portrait: portrait de l'érudit amateur et caricature ou parodie du vrai savant, tel nous paraît être le commentateur de la Guzla[503].

§ 4

«L'AUBÉPINE DE VELIKO»: UNE INSPIRATION CHINOISE

Il paraît que l'Aubépine de Veliko, qui est la première ballade du recueil, fut aussi composée la première. Elle marque une sorte de transition entre Smarra et le reste de la Guzla.

Le sujet de l'Aubépine de Veliko ressemble beaucoup à celui du Bey Spalatin de Nodier, bien que le fond de cette ballade soit emprunté à un autre ouvrage: l'Orphelin de la maison de Tchao, drame chinois dont nous parlerons tout à l'heure.

Comme son prédécesseur, Mérimée raconte une vendetta illyrienne: la lutte longue et acharnée du vieux bey Jean Veliko avec ses «ennemis de l'Est».

Le bey de Nodier a eu vingt-quatre fils, tous tués dans les combats avec le «cruel Pervan»; celui de Mérimée en avait douze: «cinq sont morts au gué d'Obravo; cinq sont morts dans la plaine de Rebrovje». Jean Veliko avait un fils qu'il chérissait entre tous; ses ennemis l'ont enlevé,—tout comme Pervan enleva la belle Iska;—ils l'ont enfermé «dans une prison dont ils ont muré la porte». Il lui reste un fils, Alexis, «trop jeune pour la guerre», le dernier descendant des Veliko; c'est avec cet enfant qu'il fuit devant Nikola Jagnievo, Joseph Spalatin et Fédor Aslar; il passe la rivière Mresvizza et se réfugie chez son ami George Estivanich. Et George Estivanich le reçoit sous sa protection; il mange le pain et le sel avec le bey Jean Veliko, et «nomme Jean le fils que sa femme lui a donné».