Patru (Olivier), né à Paris en 1604, le premier qui ait introduit la pureté de la langue dans le barreau. Il reçut dans sa dernière maladie une gratification de Louis XIV, à qui l’on dit qu’il n’était pas riche. Mort en 1681.
Pavillon (Étienne), né à Paris, en 1632, avocat général au parlement de Metz, connu par quelques poésies écrites naturellement. Mort en 1705.
Pellisson-Fontanier (Paul), né calviniste à Béziers, en 1624; poëte médiocre, à la vérité, mais homme très savant et très éloquent; premier commis et confident du surintendant Fouquet; mis à la Bastille en 1661. Il y resta quatre ans et demi, pour avoir été fidèle à son maître. Il passa le reste de sa vie à prodiguer des éloges au roi, qui lui avait ôté sa liberté: c’est une chose qu’on ne voit que dans les monarchies. Beaucoup plus courtisan que philosophe, il changea de religion, et fit sa fortune. Maître des comptes, maître des requêtes, et abbé, il fut chargé d’employer le revenu du tiers des économats à faire quitter aux huguenots leur religion, qu’il avait quittée. Son Histoire de l’académie fut très applaudie. On a de lui beaucoup d’ouvrages, des Prières pendant la messe, un Recueil de pièces galantes, un Traité sur l’Eucharistie, beaucoup de vers amoureux à Olympe. Cette Olympe était mademoiselle Desvieux, qu’on prétend avoir épousé le célèbre Bossuet avant qu’il entrât dans l’Église[250]. Mais ce qui a fait le plus d’honneur à Pellisson, ce sont ses excellents discours pour M. Fouquet, et son Histoire de la conquête de la Franche-Comté. Les protestants ont prétendu qu’il était mort avec indifférence; les catholiques ont soutenu le contraire, et tous sont convenus qu’il mourut sans sacrements. Mort en 1693.
Perrault (Claude), né à Paris en 1613[251]. Il fut médecin, mais il n’exerça la médecine que pour ses amis. Il devint, sans aucun maître, habile dans tous les arts qui ont rapport au dessin, et dans les mécaniques. Bon physicien, grand architecte, il encouragea les arts sous la protection de Colbert, et eut de la réputation malgré Boileau. Il a publié plusieurs Mémoires sur l’anatomie comparée, dans les recueils de l’académie des sciences, et une magnifique édition de Vitruve. La traduction et les dessins qui l’embellissent sont également ses ouvrages. Mort en 1688.
Perrault (Charles), né en 1633, frère de Claude. Contrôleur-général des bâtiments sous Colbert, donna la forme aux académies de peinture, de sculpture, et d’architecture. Utile aux gens de lettres, qui le recherchèrent pendant la vie de son protecteur, et qui l’abandonnèrent ensuite. Ou lui a reproché d’avoir trouvé trop de défauts dans les anciens; mais sa grande faute est de les avoir critiqués maladroitement, et de s’être fait des ennemis de ceux même qu’il pouvait opposer aux anciens. Cette dispute a été et sera long-temps une affaire de parti, comme elle l’était du temps d’Horace. Que de gens encore en Italie qui, ne pouvant lire Homère qu’avec dégoût, et lisant tous les jours l’Arioste et le Tasse avec transport, appellent encore Homère incomparable! Mort en 1703.
N. B. Il est dit dans les Anecdotes littéraires, tome II, page 27, qu’Addison ayant fait présent de ses ouvrages à Despréaux, celui-ci lui répondit qu’il n’aurait jamais écrit contre Perrault, s’il eût vu de si excellentes pièces d’un moderne. Comment peut-on imprimer un tel mensonge? Boileau ne savait pas un mot d’anglais, aucun Français n’étudiait alors cette langue. Ce n’est que vers l’an 1730 qu’on commença à se familiariser avec elle. Et d’ailleurs, quand même Addison, qui s’est moqué de Boileau, aurait été connu de lui, pourquoi Boileau n’aurait-il pas écrit contre Perrault, en faveur des anciens dont Addison fait l’éloge dans tous ses ouvrages? Encore une fois[252], défions-nous de tous ces ana, de toutes ces petites anecdotes. Un sûr moyen de dire des sottises est de répéter au hasard ce qu’on a entendu dire.
Perrot d’Ablancourt (Nicolas), d’une ancienne famille du parlement de Paris, né à Vitri[253] en 1606, traducteur élégant, et dont on appela chaque traduction la belle infidèle: mort pauvre en 1664.
Petau (Denys), né à Orléans, en 1583, jésuite. Il a réformé la chronologie. On a de lui soixante et dix ouvrages. Mort en 1652.
Petis de La Croix (François), l’un de ceux dont le grand ministre Colbert encouragea et récompensa le mérite. Louis XIV l’envoya en Turquie et en Perse, à l’âge de seize ans, pour apprendre les langues orientales. Qui croirait qu’il a composé une partie de la vie de Louis XIV en arabe, et que ce livre est estimé dans l’Orient? On a de lui l’Histoire de Gengis-Kan[254] et de Tamerlan, tirée des anciens auteurs arabes, et plusieurs livres utiles; mais sa traduction des Mille et un jours est ce qu’on lit le plus:
L’homme est de glace aux vérités,
Il est de feu pour les mensonges.
La Fontaine, IX, 6.