Rancé (Armand-Jean Le Bouthillier de), né en 1626, commença par traduire Anacréon, et institua la réforme effrayante de la Trappe, en 1664. Il se dispensa, comme législateur, de la loi qui force ceux qui vivent dans ce tombeau, à ignorer ce qui se passe sur la terre. Il écrivit avec éloquence. Quelle inconstance dans l’homme! Après avoir fondé et gouverné son institut, il se démit de sa place, et voulut la reprendre. Mort en 1700[265].
Rapin (Réné), né à Tours, en 1621, jésuite, connu par le Poëme des jardins en latin, et par beaucoup d’ouvrages de littérature. Mort en 1687.
Rapin de Thoiras (Paul), né à Castres en 1661, réfugié en Angleterre, et long-temps officier. L’Angleterre lui fut long-temps redevable de la seule bonne histoire complète qu’on eût faite de ce royaume, et de la seule impartiale qu’on eût d’un pays où l’on n’écrivait que par esprit de parti; c’était même la seule histoire qu’on pût citer en Europe comme approchante de la perfection qu’on exige de ces ouvrages, jusqu’à ce qu’enfin on ait vu paraître celle du célèbre Hume, qui a su écrire l’histoire en philosophe. Mort à Vésel, en 1725.
Régis (Pierre-Silvain), né en Agenois, en 1632. Ses livres de philosophie n’ont plus de cours depuis les grandes découvertes qu’on a faites. Mort en 1707.
Regnard (Jean-François), né à Paris, en 1656[266]. Il eût été célèbre par ses seuls voyages. C’est le premier Français qui alla jusqu’en Laponie. Il grava sur un rocher ce vers:
«Hic tandem stetimus, nobis ubi defuit orbis.»
Pris sur la mer de Provence par des corsaires, esclave à Alger, racheté, établi en France dans les charges de trésorier de France et de lieutenant des eaux et forêts, il vécut en voluptueux et en philosophe. Né avec un génie vif, gai, et vraiment comique, sa comédie du Joueur est mise à côté de celles de Molière. Il faut se connaître peu aux talents et au génie des auteurs pour penser qu’il ait dérobé cette pièce à Dufresni. Il dédia la comédie des Ménechmes à Despréaux, et ensuite il écrivit contre lui[267], parceque Boileau ne lui rendit pas assez de justice. Cet homme si gai mourut de chagrin[268] à cinquante-quatre ans. On prétend même qu’il avança ses jours. Mort en 1710.
Regnier Desmarets (François-Séraphin), né à Paris, en 1632. Il a rendu de grands services à la langue, et est auteur de quelques poésies françaises et italiennes. Il fit passer une de ses pièces italiennes pour être de Pétrarque. Il n’eût pas fait passer ses vers français sous le nom d’un grand poëte. Mort en 1713.
Renaudot (Théophraste), médecin, très savant en plus d’un genre, le premier auteur des gazettes en France[269]. Mort en 1658.
Renaudot (Eusèbe), né en 1646, très savant dans l’histoire, et dans les langues de l’Orient. On peut lui reprocher d’avoir empêché que le dictionnaire de Bayle ne fût imprimé en France. Mort en 1720.