Vauban (Sébastien Le Prestre, maréchal de), né en 1633. La Dîme royale qu’on lui a imputée n’est pas de lui, mais de Boisguillebert[330]. Elle n’a pu être exécutée, et est en effet impraticable. On a de lui plusieurs Mémoires dignes d’un bon citoyen. Il contribua beaucoup par ses conseils à la construction du canal de Languedoc. Observons qu’il était très ignorant, qu’il l’avouait avec franchise, mais qu’il ne s’en vantait pas. Un grand courage, un zèle que rien ne rebutait, un talent naturel pour les sciences de combinaisons, de l’opiniâtreté dans le travail, le coup d’œil dans les occasions, qui ne se trouve pas toujours ni avec les connaissances ni avec le talent; telles furent les qualités auxquelles il dut sa réputation. Il a prouvé, par sa conduite, qu’il pouvait y avoir des citoyens dans un gouvernement absolu. Mort en 1707.
Vaugelas (Claude Favre de), né à Bourg-en-Bresse, en 1585. C’est un des premiers qui ont épuré et réglé la langue, et de ceux qui pouvaient faire des vers italiens sans en pouvoir faire de français. Il retoucha pendant trente ans sa traduction de Quinte-Curce. Tout homme qui veut bien écrire doit corriger ses ouvrages toute sa vie. Mort en 1650.
Vergier (Jacques), né à Paris, en 1657[331]. Il est, à l’égard de La Fontaine, ce que Campistron est à Racine; imitateur faible, mais naturel: mort assassiné à Paris par des voleurs, en 1720. On laisse entendre, dans le Moréri, qu’il avait fait une parodie contre un prince puissant qui le fit tuer. Ce conte est faux[332].
Vertot (Réné Auber de), né en Normandie[333], en 1655. Historien agréable et élégant. Mort en 1735.
Villars (le maréchal, Louis-Claude duc de), né en 1652. Le premier tome des Mémoires qui portent son nom est entièrement de lui[334]. Il savait par cœur les beaux endroits de Corneille, de Racine, et de Molière. Je lui ai entendu dire un jour à un homme d’état fort célèbre, qui était étonné qu’il sût tant de vers de comédie: «J’en ai moins joué que vous, mais j’en sais davantage.» Mort en 1734.
Villedieu[335] (Marie-Catherine Desjardins, plus connue sous le nom de madame de). Ses romans lui firent de la réputation. Au reste, on est bien éloigné de vouloir donner ici quelque prix à tous ces romans dont la France a été et est encore inondée; ils ont presque tous été, excepté Zaïde, des productions d’esprits faibles qui écrivent avec facilité des choses indignes d’être lues par les esprits solides: ils sont même pour la plupart dénués d’imagination; et il y en a plus dans quatre pages de l’Arioste que dans tous ces insipides écrits qui gâtent le goût des jeunes gens. Née à Alençon, vers 1640; morte en 1683.
Villiers (Pierre de), né à Coignac, en 1648, jésuite. Il cultiva les lettres, comme tous ceux qui sont sortis de cet ordre. Ses sermons, et son Poëme sur l’art de prêcher, eurent de son temps quelque réputation. Ses stances sur la solitude sont fort au-dessus de celles de Saint-Amant, qu’on avait tant vantées, mais ne sont pas encore tout-à-fait dignes d’un siècle si au-dessus de celui de Saint-Amant[336]. Mort en 1728.
Voiture (Vincent), né à Amiens, en 1598. C’est le premier qui fut en France ce qu’on appelle un bel esprit. Il n’eut guère que ce mérite dans ses écrits, sur lesquels on ne peut se former le goût[337]; mais ce mérite était alors très rare. On a de lui de très jolis vers, mais en petit nombre. Ceux qu’il fit pour la reine Anne d’Autriche, et qu’on n’imprima pas dans son recueil, sont un monument de cette liberté galante qui régnait à la cour de cette reine, dont les frondeurs lassèrent la douceur et la bonté.
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Je pensois si le cardinal,
J’entends celui de La Valette,
Pouvoit voir l’éclat sans égal
Dans lequel maintenant vous ête[338];
J’entends celui de la beauté;
Car auprès je n’estime guère,
Cela soit dit sans vous déplaire,
Tout l’éclat de la majesté[339].
Il fit aussi des vers italiens et espagnols avec succès. Mort en 1648.