[218] Ceci n’est pas rigoureusement vrai; les appointements des places qui donnent du crédit, ou qui sont nécessaires à l’administration, ont augmenté. Quant à la paie des soldats, quoiqu’elle paraisse la même, à l’exception d’une augmentation d’un sou, établie en France dans ces dernières années, il y a eu des augmentations réelles par des fournitures faites, en nature ou gratuitement, ou à un prix au-dessous de leur valeur. La vie du soldat est non seulement plus assurée, mais plus douce que celle du cultivateur, et même que celle de beaucoup d’artisans. L’usage de les faire coucher deux dans un lit étroit, et de ne leur payer l’année que sur le pied de trois cent soixante jours, sont peut-être les seules choses dont ils aient réellement à se plaindre. Mais les paysans, les artisans, n’ont pas toujours chacun un lit, et ils ne gagnent rien les jours de fête. K.

[219] Nicolas Copernic, né à Thorn, en Prusse, le 19 février 1473, mort le 24 mai 1543. Cl.

[220] Huygens et Roëmer quittèrent la France lors de la révocation de l’édit de Nantes. On proposa, dit-on, à Huygens de rester; mais il refusa, dédaignant de profiter d’une tolérance qui n’aurait été que pour lui. La liberté de penser est un droit, et il n’en voulait pas à titre de grace. K.

[221] Dans la première épître de saint Paul aux Corinthiens, il est dit, chapitre xv, verset 36: Quod seminas non vivificatur, nisi prius moriatur. Voltaire revient souvent sur ce verset. B.

[222] L’abbé Sallier ne le sait pas lui-même; mais il sait bien que le nombre est de plus de deux cent cinquante mille. L.—La Beaumelle, en voulant corriger Voltaire, s’éloigne de la vérité. On disait, il est vrai, que la bibliothèque du roi contenait trois cent mille volumes; mais le récolement fait en 1792 ne porte qu’à cent cinquante mille le nombre des livres imprimés qu’elle renferme. Aujourd’hui (1830) le nombre des volumes peut être de cinq cent mille, sans compter les opuscules, qu’on peut porter au même nombre. B.

[223] Il n’y a pas dans l’Europe une seule grande nation qui ait un code de droit civil formant un système régulier, et dont toutes les décisions soient des conséquences de principes liés entre eux. Partout le droit civil est un mélange des lois romaines, des codes des nations barbares, de coutumes locales, et de lois nouvelles, où ces quatre sources de décisions dominent plus ou moins. Aucune grande nation n’a même un code criminel. Les usages et la collection de lois faites successivement, et dans un esprit souvent opposé, forment la jurisprudence criminelle de toute l’Europe. Peut-être le moment approche-t-il où les peuples auront enfin de véritables lois: du moins les hommes éclairés, et en état de concevoir et d’exécuter ce grand ouvrage, ne manqueraient point aux souverains qui voudraient l’entreprendre. K.—L’uniformité des lois en France est un des bienfaits de la révolution. Le code civil actuel est de 1807; il est bien au-dessus de l’ordonnance de 1667; le code criminel, de 1808, et le code pénal, de 1810, sont l’objet de nombreuses observations, et seront certainement bientôt adoucis, mais ne sont point aussi inhumains que l’ordonnance de 1670. B.

[224] En 1609, six cents sorciers furent condamnés, dans le ressort du parlement de Bordeaux, et la plupart brûlés. Nicolas Remi, dans sa Démonolâtrie, rapporte neuf cents arrêts rendus en quinze ans contre des sorciers dans la seule Lorraine. Le fameux curé Louis Gauffridi, brûlé à Aix, en 1611, avait avoué qu’il était sorcier, et les juges l’avaient cru.

C’est une chose honteuse que le P. Lebrun, dans son Traité des pratiques superstitieuses, admette encore de vrais sortiléges: il va même jusqu’à dire, page 524, que «le parlement de Paris reconnaît des sortiléges;» il se trompe: «le parlement reconnaît des profanations, des maléfices, mais non des effets surnaturels opérés par le diable.» Le livre de dom Calmet sur les vampires et sur les apparitions a passé pour un délire; mais il fait voir combien l’esprit humain est porté à la superstition.—Sur L. Gauffredi, voyez, tome L, le chapitre IX du Prix de la justice et de l’humanité. Le livre de dom Calmet, dont il est question dans la note de Voltaire, est intitulé: Traité sur les apparitions des esprits et sur les vampires, ou les revenants de Hongrie, de Moravie, etc., nouvelle édition, 1751, deux volumes in-12; la première édition est de 1746. B.

[225] Platon, Républ., livre V. B.

[226] Voltaire dit ailleurs, dans une note (voyez tome XXIX, page 216), que Fléchier a tiré mot à mot la moitié de son oraison funèbre de Turenne de celle que l’évêque de Grenoble, Lingendes, avait faite d’un duc de Savoie. Ce n’est pas même l’exorde tout entier que Fléchier a pris à Lingendes, mais trois passages formant ensemble tout au plus deux pages. C’est ce qu’a très bien établi le cardinal Maury, dans une note de son Essai sur l’éloquence de la chaire. Le cardinal Maury observe que Voltaire confond Claude de Lingendes, jésuite, et qui fut en effet le premier réformateur de l’éloquence de la chaire, avec Jean de Lingendes, qui n’était qu’abbé lorsqu’en 1637 il prononça l’oraison funèbre de Victor-Amédée (et non Charles-Emmanuel). Cette oraison funèbre fut imprimée dans le temps. Jean de Lingendes, évêque de Sarlat, en 1642, de Mâcon, en 1650, n’a jamais été évêque de Grenoble. B.