ON appelle, je crois Droit Divin, les préceptes que Dieu a donnés lui-même. Il voulut que les Juifs mangeassent un agneau cuit avec des laitues, & que les Convives le mangeassent debout, un bâton à la main, en commémoration du Phase; il ordonna que la consécration du grand Prêtre se ferait en mettant du sang à son oreille droite, à sa main droite, & à son pied droit; coutumes extraordinaires pour nous, mais non pas pour l'antiquité; il voulut qu'on chargeât le bouc Hazazel des iniquités du Peuple; Deutér. Chap. 14.il défendit qu'on se nourrît de poissons sans écailles, de porcs, de lievres, de hérissons, de hiboux, de griffons, d'ixions, &c.

Il institua les fêtes, les cérémonies; toutes ces choses, qui semblaient arbitraires aux autres Nations, & soumises au droit positif, à l'usage, étant commandées par Dieu même, devenaient un droit divin pour les Juifs, comme tout ce que Jesus-Christ, fils de Marie, fils de Dieu, nous a commandé, est de droit divin pour nous.

Gardons-nous de rechercher ici pourquoi Dieu a substitué une Loi nouvelle à celle qu'il avait donnée à Moïse, & pourquoi il avait commandé à Moïse, plus de choses qu'au Patriarche Abraham, & plus à Abraham qu'à Noé.[23] Il semble qu'il daigne se proportionner aux temps & à la population du Genre-humain; c'est une gradation paternelle: mais ces abymes sont trop profonds pour notre débile vue; tenons-nous dans les bornes de notre sujet; voyons d'abord ce qu'était l'Intolérance chez les Juifs.

Il est vrai que dans l'Exode, les Nombres, le Lévitique, le Deutéronome,Amos, Chap. 5, v. 26.
Jérém. Chap. 7, v. 22.
Actes des Ap. Ch. 7, v. 42. il y a des Loix très-séveres sur le Culte, & des châtiments plus séveres encore. Plusieurs Commentateurs ont de la peine à concilier les récits de Moïse avec les passages de Jérémie & d'Amos, & avec le célebre Discours de St. Etienne, rapporté dans les Actes des Apôtres. Amos dit que les Juifs adorerent toujours dans le Désert Moloc, Remphan & Kium. Jérémie dit expressément, que Dieu ne demanda aucun sacrifice à leurs peres quand ils sortirent d'Egypte. St. Etienne, dans son Discours aux Juifs,s'exprime ainsi: «Ils adorerent l'Armée du Ciel, ils n'offrirent ni sacrifices ni hosties dans le Désert pendant quarante ans, ils porterent le Tabernacle du Dieu Moloc, & l'astre de leur Dieu Rempham.

D'autres Critiques inferent du culte de tant de Dieux étrangers, que ces Dieux furent tolérés par Moïse, & ils citent en preuves ces paroles du Deutéronome: Deutér. Chap. 12, v. 8.Quand vous serez dans la Terre de Canaan, vous ne ferez point comme nous faisons aujourd'hui, où chacun fait ce qui lui semble bon.[24]

Ils appuyent leur sentiment sur ce qu'il n'est parlé d'aucun acte religieux du Peuple dans le Désert: point de Pâque célébrée, point de Pentecôte; nulle mention [94] qu'on ait célébré la fête des Tabernacles, nulle Priere publique établie; enfin, la Circoncision, ce sceau de l'alliance de Dieu avec Abraham, ne fut point pratiquée.

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Ils se prévalent encore de l'Histoire de Josué. Josué, Ch. 14. v. 15 & suiv.Ce conquérant dit aux Juifs: «L'option vous est donnée, choisissez quel parti il vous plaîra, ou d'adorer les Dieux que vous avez servis dans le Pays des Amorrhéens, ou ceux que vous avez reconnus en Mésopotamie. Le Peuple répond: Il n'en sera pas ainsi, nous servirons Adonaï. Josué leur repliqua: Vous avez choisi vous-mêmes, ôtez donc du milieu de vous les Dieux étrangers.» Ils avaient donc eu incontestablement d'autres Dieux qu'Adonaï sous Moïse.

Il est très-inutile de réfuter ici les Critiques qui pensent que le Pentateuque ne fut pas écrit par Moïse; tout a été dit dès long-temps sur cette matiere; & quand même quelque petite partie des Livres de Moïse aurait été écrite du temps des Juges ou des Rois, ou des Pontifes, ils n'en seraient pas moins inspirés & moins divins.