(Chose singulière, que peut-être on ne peut comprendre immédiatement, mais qu’il faut comprendre,
Je sens moi-même que je représente les mensonges tout autant que le reste,
Et que l’univers les représente.)
Où donc un résultat parfait a-t-il manqué, sans souci des mensonges comme des vérités?
Est-ce sur la terre ou dans l’eau ou dans le feu? Est-ce dans l’esprit de l’homme? Ou dans la chair et le sang?
En méditant parmi les menteurs et en me réfugiant austèrement en moi-même, je vois qu’en réalité il n’y a pas de menteurs ni de mensonges après tout,
Et que rien ne manque de produire son résultat parfait, et que ce qu’on appelle des mensonges sont des résultats parfaits,
Et que chaque chose représente exactement elle-même et ce qui l’a précédée,
Et que la vérité comprend tout et qu’elle est tout, aussi compacte que l’espace est compact,
Et qu’il n’y a ni une paille ni un vide dans la somme de la vérité, mais que tout est vérité sans exception;
Et je m’en irai désormais célébrer toute chose que je verrai ou serai,
Et chanter et rire, sans rien renier.
EXCELSIOR
Quel est celui qui est allé le plus loin? Car je voudrais aller plus loin,
Et quel est celui qui a été le plus juste? Car je voudrais être l’homme le plus juste de la terre,
Et quel est celui qui a été le plus prudent? Car je voudrais être le plus prudent,
Et quel est celui qui a été le plus heureux? O je crois que c’est moi—je crois que personne n’a jamais été plus heureux que moi,
Et quel est celui qui a tout prodigué? Car je prodigue sans cesse ce que j’ai de plus précieux,
Et lequel, le plus fier? Car je crois que j’ai lieu d’être le plus fier fils vivant—car je suis le fils d’une cité où les muscles sont fermes et où les maisons dardent leurs faîtes altiers,
Et lequel, hardi et loyal? Car je voudrais être le vivant le plus hardi et le plus loyal de l’univers,
Et lequel, bienveillant? Car je voudrais montrer plus de bienveillance que tous les autres,
Et quel est celui qui a éprouvé l’affection du plus grand nombre d’amis? Car je sais ce que c’est que d’éprouver l’affection passionnée d’amis nombreux,
Et quel est celui qui possède un corps parfait et énamouré?
Car je ne crois pas que quelqu’un possède un corps plus parfait et plus énamouré que le mien,
Et quel est celui qui pense les plus vastes pensées? Car je voudrais embrasser ces pensées,
Et quel est celui qui a fait des hymnes à la mesure de la terre? Car un désir fou me possède jusqu’à l’extase dévorante de faire des hymnes de joie pour la terre entière.
PENSÉES
Je songe à l’opinion publique,
Au commandement tôt ou tard prononcé d’une voix calme et froide, (combien impassible! combien sûr et final!)
Au Président, le visage pâle, se demandant en secret: Que dira le peuple à la fin?
Aux Juges frivoles, aux Parlementaires, aux Gouverneurs, aux Maires corrompus—à tous ces gens se voyant un jour impuissants et à découvert,
Aux prêtres marmonnant et pleurnichant, (bientôt, bientôt abandonnés de tous),
Au déclin, d’une année à l’autre, du respect religieux, et des sentences émanées des fonctionnaires, des codes, des écoles,
A la montée toujours plus haute et plus forte et plus large des intuitions des hommes et des femmes, à la montée du sentiment de la haute Estime de Soi-même et de la Personnalité;
Je songe au vrai Nouveau Monde—aux Démocraties resplendissantes dans leur totalité,
A la politique, aux armées, aux marines se conformant à elles,
A leur rayonnement solaire—à leur lumière inhérente, supérieure à toutes les autres,
A l’enveloppement de toute chose par elles, d’où toute chose émanera.
INTERMÉDIAIRES
Ils surgiront en ces Etats,
Ils traduiront la Nature, les lois, la vie du corps et le bonheur,
Ils illustreront la Démocratie et le Cosmos,
Ils absorberont les nourritures, ils aimeront, ils recevront l’impression des choses,
Ils seront des femmes et des hommes complets, ils seront souples et musclés dans leur attitude, l’eau sera leur breuvage, pur et limpide sera leur sang,
Ils aimeront immensément les matérialités et la vue des produits, ils aimeront à voir les quartiers de bœuf, le bois de construction, les farines de Chicago, la grande cité,
Ils s’entraîneront à paraître en public pour devenir des orateurs et des oratrices,
Fortes et douces seront leurs paroles, des poèmes et des matériaux de poèmes découleront de leurs vies, ils seront des créateurs et des découvreurs,
D’eux et de leurs ouvrages sortiront de divins messagers pour communiquer des évangiles,
Les personnes, les événements, les souvenirs seront communiqués en des évangiles, les arbres, les animaux, les eaux le seront également,
La mort, l’avenir, la foi invisible, tout sera communiqué.