Comme les arbres s’élèvent et se tiennent droits, avec leurs troncs vigoureux, avec leurs branches et leurs feuilles!
(Il y a certainement quelque chose de plus dans chaque arbre, quelque âme vivante.)
O prodige des choses—jusqu’à la plus petite parcelle!
O spiritualité des choses!
O accents, ô musique qui flottent à travers tous les âges et les continents et nous parviennent aujourd’hui, à moi et à l’Amérique!
Je m’empare de vos accords puissants, les diversifie, puis joyeusement les passe à ceux qui sont en avant.
Moi aussi je chante des cantiques au soleil, lorsqu’il s’annonce ou qu’il est midi, ou qu’il se couche, comme à cette heure,
Moi aussi je sens mes pulsations répondre au cerveau et à la beauté de la terre et à tout ce qui croît sur la terre,
Moi aussi j’ai entendu l’appel irrésistible de moi-même.
J’ai descendu le Mississipi sur un vapeur,
J’ai vagué par les prairies,
J’ai vécu, j’ai regardé par les fenêtres de mes yeux,
J’ai marché dans le matin, j’ai regardé la lumière poindre à l’orient,
Je me suis baigné sur la plage de la mer du Levant, puis sur la plage de la mer du Ponant,
J’ai flâné dans les rues de Chicago, la cité de l’intérieur, et en quelque rue que j’aie porté mes pas,
Que ce soit dans les villes ou les bois silencieux, ou même au milieu des spectacles de la guerre,
Partout où j’ai été, je me suis saturé de contentement et de triomphe.
Je chante jusqu’au bout les égalités, les modernes ou les anciennes,
Je chante les fins éternelles des choses,
Je dis que la Nature est continue, que la gloire est continue,
J’élève ma louange d’une voie électrique,
Car je ne découvre pas une seule imperfection dans l’univers,
Et je ne découvre pas une seule cause ni un seul résultat qui soit à déplorer en fin de compte dans l’univers.
O soleil couchant! Quoique l’heure soit venue,
Je module encore sous toi, si nul autre ne te chante, mon hymne d’adoration sans mélange.
AU MOMENT OU ILS TIRENT A LEUR FIN
Au moment où ils tirent à leur fin,
Je songe à ce que renferment, en leurs dessous, les poèmes qui précèdent—à ce à quoi j’ai visé en eux,
A la graine que j’ai cherché à planter en eux,
A la joie, la joie délicieuse, qu’à travers maintes années j’ai mise en eux,
(C’est pour eux, oui, pour eux que j’ai vécu, c’est en eux que ma tâche est accomplie),
Je songe à maintes aspirations chéries, à maints rêves et projets:
A travers l’Espace et le Temps fondus en un chant, à travers l’identité éternelle s’écoulant comme un flot,
A la Nature qui, dans sa circonférence, les embrasse, qui embrasse Dieu, au tout joyeux, électrique,
A la compréhension de la Mort, et à l’acceptation exultante de la Mort à son tour autant que de la vie,
De chanter l’accession de l’homme;
De vous unir, vous, existences diverses et séparées,
D’établir la concordance des montagnes et des rocs et des eaux,
Et des vents du septentrion et des forêts de chêne et de sapin,
Avec toi, ô âme.