[Note 46: ][(retour) ]Le texte dit: Not one silver penny, pas même un penny. Cette pièce d'argent la plus petite qui ait existé en Angleterre, équivalait à dix centimes de notre monnaie.A. M.
«Nous allons voir cela, dit Front-de-Boeuf; car, par le saint sacrement[47], qui est en abomination dans ta tribu maudite, tu éprouveras les dernières douleurs de la flamme et du fer; qu'on le saisisse, dit-il aux esclaves, qu'on le dépouille et qu'on l'enchaîne sur ces barreaux.»
[Note 47: ][(retour) ]M. Defauconpret a traduit l'expression the holyrood, par celle de sainte croix; tandis que c'est la sainte hostie.A. M.
En dépit des faibles efforts du juif, les Sarrasins l'avaient déjà dépouillé de son manteau, et ils allaient lui ôter ses derniers vêtemens, lorsque le son d'un cor de chasse se fit entendre deux fois hors du château, et pénétra jusqu'au fond du caveau, et immédiatement après des voix appelèrent Front-de-Boeuf. Celui-ci ne voulant pas être surpris dans cet acte infernal, fit signe aux esclaves de le suivre, après avoir rendu son manteau à Isaac; et, quittant le cachot avec ses esclaves, il laissa le juif remercier Dieu du répit qu'il lui donnait, ou se plaindre de la captivité et de l'avanie de sa fille, suivant que ses affections pouvaient le dominer.
CHAPITRE XXIII.
«Eh bien! si la douceur de mes paroles ne peut vous émouvoir et vous engager à être plus tendre à mon égard, je vous ferai la cour en soldat, qui use de toute la vigueur de son bras; et sans les charmes de l'amour je vous aimerai malgré vous.»
SHAKSPEARE. Les deux Gentilshommes de Vérone.
L'appartement dans lequel lady Rowena avait été introduite, faisait voir dans son arrangement des essais grossiers de décorations et de magnificence, et on aurait pu penser qu'en lui destinant cette partie du château, on avait voulu lui donner une preuve de respect que l'on ne témoignait point aux autres prisonniers. Mais l'épouse de Front-de-Boeuf, pour qui cet appartement avait été disposé dans le principe, était morte depuis plusieurs années, en sorte que le temps et le défaut de soin avaient contribué à dégrader le peu d'ornemens dont le goût de l'époque essaya de l'embellir. La tapisserie pendait en lambeaux à divers endroits de la muraille, tandis qu'ailleurs elle était ternie et décolorée par les rayons du soleil, ou bien déchirée et détériorée par le temps. Tout ravagé qu'il était, cet appartement avait été regardé comme celui de tous ceux du château qui fût le plus propre à recevoir l'héritière saxonne; et ce fut là qu'on la laissa méditer sur son sort, jusqu'à ce que les acteurs de ce drame épouvantable se fussent distribué les divers rôles qu'ils devaient jouer. Tout cela avait été décidé en conseil tenu entre Front-de-Boeuf, de Bracy et le templier, et où, à la suite d'une vive et longue discussion sur les divers avantages que chacun prétendait retirer de la part qu'il prenait dans cette entreprise audacieuse, ils avaient enfin prononcé sur le sort de leurs malheureux prisonniers.
Il était près de midi lorsque de Bracy, au profit de qui l'expédition avait d'abord été concertée, se présenta pour donner suite à ses projets sur la main et les terres de lady Rowena.
L'intervalle n'avait pas été entièrement consacré à tenir conseil avec ses confédérés, car de Bracy avait trouvé le temps de parer sa personne avec toute la fatuité de l'époque. Il avait quitté son pourpoint vert et son masque. Sa longue et abondante chevelure avait été divisée en tresses fantastiques, lesquelles flottaient le long de son manteau garni de riches fourrures. Sa barbe était complétement rasée; son nouveau pourpoint descendait jusqu'au milieu de sa jambe, et la ceinture qui l'entourait, et qui en même temps soutenait sa pesante épée, était enrichie de diverses broderies et ornemens relevés en bosse. Nous avons déjà parlé de la mode bizarre qui régnait alors pour les souliers façonnés en pointe; les pointes de ceux de de Bracy auraient pu rivaliser pour l'extravagance avec toutes celles que l'on pouvait voir aux pieds des petits-maîtres les plus achevés, étant allongées et contournées comme les cornes d'un bélier. Tel était à cette époque le costume d'un homme à bonnes fortunes, et dans de Bracy, l'effet que produisait cet ajustement était rehaussé par un extérieur agréable et par des manières qui annonçaient également la grâce du courtisan et la franchise du guerrier.
Il salua lady Rowena en ôtant sa toque de velours garni d'une broderie en or, représentant l'archange Michel foulant à ses pieds le génie du mal. Il fit un geste pour inviter la dame à prendre un siége, et voyant qu'elle continuait à rester debout, il ôta son gant et lui offrit la main pour l'y conduire. Mais faisant un geste expressif de refus: «Sire chevalier, dit-elle, si je suis en présence de mon geôlier, et ce qui se passe autour de moi ne me permet pas de penser autrement, il est plus convenable que sa prisonnière se tienne debout devant lui, jusqu'à ce qu'elle soit instruite de son sort.»