«La plus misérable chaumière, dit Rébecca avec un sourire mélancolique, serait sans doute préférable pour y établir votre résidence, à la demeure d'un juif méprisé; néanmoins, sire chevalier, à moins que de renvoyer votre médecin, vous ne pouvez changer de logement. Notre nation, comme vous le savez très bien, sait guérir les blessures, quoiqu'elle ignore l'art de les faire, et notre famille, en particulier, possède des secrets qui lui ont été successivement transmis depuis le règne de Salomon, et vous en avez déjà éprouvé l'efficacité. Il n'y a pas dans les quatre parties de l'Angleterre un médecin nazaréen... pardon... un médecin chrétien qui puisse vous mettre en état d'endosser votre cuirasse d'ici à un mois.»--«Et toi, dans combien de temps me mettras-tu en état de la porter? demanda Ivanhoe d'un ton d'impatience.»--«Dans l'espace de huit jours, répondit Rébecca, si tu veux avoir patience et te conformer à mes prescriptions.»--«Par la sainte Vierge, dit Wilfrid, si ce n'est pas pécher que de prononcer ce nom ici, il ne convient en ce moment ni à moi, ni à aucun vrai chevalier de rester étendu dans un lit; et si tu remplis ta promesse, jeune fille, je te donnerai plein mon casque d'écus, de quelque part qu'ils m'arrivent.»--«Je tiendrai ma promesse, dit Rébecca; et le huitième jour, à compter de celui-ci, tu pourras partir, couvert de ton armure, si tu veux m'octroyer un don, au lieu des pièces d'argent que tu me promets.»--«Si ce don est en mon pouvoir, répondit Ivanhoe, et qu'il soit tel qu'un chevalier chrétien puisse l'octroyer à un individu de ta nation, je te l'accorderai avec plaisir et reconnaissance.»

«Hé bien, dit Rébecca, je ne veux tout simplement que te prier de croire dorénavant qu'un juif peut fort bien rendre un bon office à un chrétien, sans attendre d'autre récompense que la bénédiction du grand Être, qui est le père du juif comme du gentil.»--«Ce serait un crime que d'en douter, répliqua Ivanhoe, et je me repose entièrement sur ton savoir, sans nullement hésiter, et sans te faire aucune autre question, bien persuadé que dans huit jours tu me mettras en état d'endosser mon corselet. Maintenant, mon bon et obligeant médecin, laisse-moi te demander quelles sont les nouvelles que l'on débite. Que dit-on du noble saxon Cedric et de sa famille? et de l'aimable lady...?» Il s'arrêta, comme s'il eût craint de prononcer le nom de Rowena dans la maison d'un juif. «Je veux dire de celle qui fut nommée reine du tournoi.»--«Dignité à laquelle vous l'élevâtes vous-même, sire chevalier, avec un discernement qui ne fut pas moins admiré que votre valeur,» dit Rébecca.

Quoique Ivanhoe eût perdu une quantité considérable de sang, néanmoins une légère rougeur vint colorer ses joues; car il sentait qu'il avait imprudemment découvert l'intérêt qu'il portait à lady Rowena, par les efforts qu'il avait imprudemment faits pour le cacher. «C'était moins d'elle que je voulais parler, ajouta-t-il, que du prince Jean; je voudrais bien aussi apprendre quelque chose d'un fidèle écuyer, et savoir pourquoi il n'est pas auprès de moi?»

«Permettez-moi, répondit Rébecca, de faire usage de mon autorité, comme médecin, et de vous ordonner de garder le silence, et d'éviter toute réflexion, qui ne servirait qu'à vous agiter, tandis que je vais vous instruire de ce que vous désirez savoir. Le prince Jean a rompu le tournoi et est parti en toute hâte pour York, avec les nobles, les chevaliers et les gens d'église de son parti, emportant toutes les sommes qu'il avait pu enlever, soit de gré, soit de force, de ceux qu'on regarde comme les riches de la terre. On dit qu'il a le dessein de s'emparer de la couronne de son père.»

«Non sans une lutte hasardée pour sa défense, dit Ivanhoe se levant sur sa couche, n'y eût-il qu'un seul fidèle sujet en Angleterre. Je défierai le plus brave de ses ennemis pour soutenir son titre. Oui, qu'ils se présentent deux contre un; je maintiendrai la légitimité de son droit.»--«Mais pour vous mettre en état de le faire, dit Rébecca en lui posant la main sur l'épaule, il faut que vous suiviez mes ordonnances et que vous restiez tranquille.»--«Tu as raison, jeune fille, dit Ivanhoe, aussi calme qu'il était possible de l'être dans un temps si orageux. Dis-moi, que sait-on de Cedric et de sa famille?»

«Il n'y a pas long-temps, répondit la juive, que son intendant est venu en toute hâte pour demander à mon père certaines sommes d'argent, provenant de la vente des laines des troupeaux de son maître; et c'est de lui que j'ai appris que Cedric et Athelstane de Coningsburgh avaient quitté la résidence du prince, extrêmement mécontens, et se disposaient à partir pour retourner chez eux.»

«Quelque dame n'alla-t-elle pas avec eux au banquet?» demanda Wilfrid.»--«Lady Rowena, dit Rébecca répondant à cette question avec plus de précision qu'elle n'avait été faite, lady Rowena n'a point assisté au banquet du prince, et, d'après ce que l'intendant nous a dit, elle est en ce moment en route pour retourner à Rotherwood avec son tuteur Cedric. Quant à votre écuyer Gurth...»

«Ah! s'écria le chevalier, tu sais son nom? Mais oui, ajouta-t-il incontinent, et en effet, tu dois bien le connaître; car c'est de sa main, et, je crois, de ta généreuse bonté qu'il a reçu, et pas plus tard qu'hier, cent sequins.»--«Ne parlez pas de cela, dit Rébecca, dont une rougeur subite couvrit le visage, je vois comment il peut très bien arriver que la langue trahisse les secrets que le coeur aimerait à garder.»

«Mais cet or, répliqua Ivanhoe d'un ton grave, mon honneur exige que je le rembourse à votre père.»--«Lorsque les huit jours seront passés, dit Rébecca, tu feras tout ce que tu voudras; mais à présent tu ne dois ni penser ni parler ni rien faire qui puisse retarder ta guérison.»--«Soit, bonne et douce fille, répliqua Ivanhoe; il y aurait ingratitude de ma part à ne pas obéir à tes ordres; mais un mot, je t'en prie, sur le pauvre Gurth, et je termine là mes questions.»--«J'ai le chagrin de te dire, répondit la juive, qu'il est en prison par ordre de Cedric.» Puis voyant l'effet que venait de faire cette nouvelle sur Wilfrid, elle s'empressa d'ajouter: «Cependant je tiens de l'intendant Oswald que, sauf quelque nouvelle circonstance qui pourrait ajouter au mécontentement de son maître, il était sûr que Cedric pardonnerait à Gurth, qui était un serf fidèle, qui possédait à un haut degré la confiance de son maître, et qui ne s'était rendu coupable que par amour pour le fils de son bienfaiteur. Il m'a dit de plus que ses camarades, lui-même, et jusqu'au fou Wamba, se proposaient de conseiller à Gurth de s'échapper pendant la route, dans le cas où la colère de Cedric ne pourrait être apaisée.»

«Dieu veuille qu'ils persistent dans leur dessein, dit Ivanhoe, mais on dirait que j'ai été destiné à rassembler tous les genres de malheurs sur la tête de ceux qui me témoignent quelque intérêt. Mon roi m'a honoré, m'a distingué, et tu vois que son frère, qui lui doit plus que tout autre, arme dans le dessein de le dépouiller de sa couronne. L'intérêt que j'ai montré pour la plus belle des femmes a porté atteinte à sa liberté et à sa tranquillité, et maintenant mon père, dans son état actuel d'exaspération, peut faire périr ce malheureux esclave, uniquement parce qu'il m'a donné des preuves de zèle et d'affection. Tu vois, jeune fille, à quel être infortuné tu prodigues tes soins; écoute les conseils de la prudence, et laisse-moi partir avant que les maux que je traîne à ma suite, comme une meute acharnée, te précipitent aussi dans l'abîme.»