[Note 20: ][(retour) ]On reconnaît dans ce passage plusieurs imitations de la Bible et de Lucain: dans la Bible, c'est la prophétesse d'Endor, et dans l'autre la magicienne Erietho.

[Note 21: ][(retour) ]Les pierres auront des voix, dit Isaïe dans l'Écriture. A. M.

En achevant ces paroles elle quitta l'appartement, et Front-de-Boeuf put entendre le bruit que fit la clef dans la serrure, lorsque la vieille ferma la porte à double tour, ôtant ainsi au baron toute chance de se sauver. En proie au plus grand désespoir, il appela à grands cris ses serviteurs et ses compagnons. Étienne et Saint-Maur! Clément et Gilles! serai-je consumé par les flammes sans être secouru? À l'aide! au secours! Brian de Bois-Guilbert! vaillant de Bracy! c'est Front-de-Boeuf qui vous appelle! c'est votre maître, traîtres d'écuyers! c'est votre allié, c'est votre frère d'armes, chevaliers parjures et sans foi! Que toutes les malédictions dues aux traîtres tombent sur vos têtes de mécréans! Me laisserez-vous ainsi périr misérablement? Ils ne m'entendent point; ils ne peuvent m'entendre; ma voix est suspendue au milieu des clameurs des combattans. La fumée devient à chaque instant plus épaisse; le feu perce à travers le plancher. Oh! que ne puis-je aspirer un peu de l'air pur du ciel, dussé-je être anéanti l'instant d'après!» Puis, dans le délire le plus complet du désespoir, le malheureux commença tantôt à joindre ses cris à ceux des combattans, tantôt à vomir des imprécations contre lui, contre le genre humain et contre le ciel même. «La flamme brille à travers les nuages de fumée, s'écria-t-il: le démon marche contre moi sous la bannière de son propre élément. Loin d'ici, esprit immonde! je ne vais pas avec toi sans mes camarades; tout, tout est à toi, tout ce qui compose la garnison de ce château. Crois-tu que Front-de-Boeuf soit seul qui doive partir? non; le mécréant templier, le libertin de Bracy, Ulrique, l'infâme, la sanguinaire Ulrique, les hommes qui m'ont poussé à de telles entreprises, les chiens de Saxons et les maudits juifs qui sont mes prisonniers, tous, tous doivent m'accompagner; la plus belle troupe qui soit jamais partie pour les enfers! Ha, ha, ha! en poussant de grands éclats de rire qui firent retentir les voûtes de l'appartement. Qui est-ce qui rit là-bas?» cria Front-de-Boeuf d'une voix altérée, car le bruit et le fracas de la bataille n'empêchaient pas les échos de renvoyer à son oreille le bruit de ses propres éclats de rire. «Qui est-ce qui a ri là-bas? répéta-t-il; est-ce toi, Ulrique? parle, sorcière, et je te pardonne; car toi seule ou Satan lui-même étiez capables de rire dans un pareil moment. En arrière! hors d'ici! retire-toi!...»

Mais ce serait une impiété que de continuer plus long-temps le tableau du lit de mort du blasphémateur et du parricide.

CHAPITRE XXXI.

«Encore une fois, mes chers amis, montons à la brèche, ou bien refermons-la avec les cadavres de nos braves... Et vous, valeureux chevaliers, véritables enfans d'Albion, montrez-nous ici de quelle manière vous avez été nourris. Jurons que vous emploierez votre force et votre courage d'une façon digne de vous.»
SHAKSPEARE. Le roi Henri V.

Quoique Cedric ne comptât pas beaucoup sur le message d'Ulrique, cependant il ne manqua pas d'en faire part au chevalier noir et à Locksley, qui furent enchantés d'apprendre qu'ils avaient dans la place un ami qui pourrait au besoin leur en faciliter l'entrée: aussi convinrent-ils facilement avec le Saxon qu'il n'y avait qu'un assaut, sous quelques désavantages qu'il se présentât, qui pût les mettre à même de délivrer leurs prisonniers des mains du cruel Front-de-Boeuf, et qu'il fallait par conséquent le tenter.

«Le sang royal d'Alfred est en danger,» s'écria Cedric.--«L'honneur d'une noble dame est en péril,» continua le chevalier noir.--«Et, par l'image de saint Christophe que je porte à mon baudrier, ajouta le brave officier, n'y eût-il d'autre motif que celui de sauver ce fidèle serviteur, le pauvre Wamba, je risquerais la perte d'un de mes membres plutôt que de souffrir qu'on touchât à un de ses cheveux.»--«Et moi aussi, dit le moine; car, messieurs, je ne crains pas de dire qu'un fou... je veux dire... Tenez, messieurs, écoutez-moi bien: Lorsque je vois un fou, qui est membre d'une corporation, habile dans sa profession, et qui, par sa conversation, peut assaisonner un verre de vin et le faire goûter aussi bien que le ferait une bonne tranche de jambon, je dis, mes frères, qu'un pareil fou ne manquera jamais d'un sage ecclésiastique qui priera, et j'ajoute qui combattra pour lui au besoin, et cela tant que je pourrai dire une messe ou manier une pertuisane.» Et en parlant ainsi, il se mit à brandir sa sourde hallebarde au dessus de sa tête avec autant de facilité qu'un jeune berger manie sa houlette. «C'est vrai, révérend père, s'écria le chevalier, c'est aussi juste que si saint Dunstan lui-même eût parlé. Maintenant, mon cher Locksley, ne serait-il pas convenable que le noble Cedric se chargeât de diriger l'assaut?»

«Moi? répondit Cedric; pas du tout: je n'ai jamais étudié l'art de prendre ou de défendre ces murailles dans l'enceinte desquelles le pouvoir tyrannique a établi son domicile, et que les Normands ont élevées sur cette terre malheureuse. Je veux bien combattre au premier rang; mais mes camarades savent fort bien que je n'ai jamais été habitué à la discipline des camps ni à l'attaque des places fortes.»--«Puisqu'il en est ainsi, dit Locksley, je me chargerai volontiers du commandement des archers, et je vous permets de me pendre à l'arbre le plus élevé de cette forêt, si un seul des assiégés se présente sur les remparts sans se sentir percer d'autant de traits qu'il y a de clous de girofle dans un jambon aux fêtes de Noël.»--«C'est bien dit, s'écria le chevalier noir, et si on ne me croit pas indigne d'être employé dans cette circonstance, et si parmi ces braves gens il s'en trouve quelques uns qui soient disposés à suivre un vrai chevalier, car je ne crains pas de me donner ce titre, je suis prêt à les mener à l'attaque de ces remparts, et d'y faire usage de toute l'habileté que je dois à mon expérience.»

Ce fut après cette distribution d'emplois entre les chefs que l'on donna le premier assaut. Le lecteur a déjà été instruit du résultat. Dès que la barbacane fut prise, le chevalier noir s'empressa de faire part de cet heureux événement à Locksley, et de le prier en même temps de tenir le château en état d'observation, de manière à empêcher les assiégés de rassembler leurs forces pour faire quelque sortie brusque, et tâcher de reprendre l'ouvrage avancé qu'ils venaient de perdre. Le chevalier désirait d'autant plus éviter cette sortie, qu'il savait que les hommes qu'il commandait, n'étant que des volontaires trop précipités dans leurs mouvemens, nullement exercés, mal armés et ne connaissant aucune discipline, ne pourraient, dans une attaque soudaine, combattre qu'avec désavantage contre les vieux soldats des chevaliers normands, qui étaient bien pourvus d'armes offensives et défensives, et qui auraient à opposer au zèle et à l'ardeur des assiégeans cette grande confiance qu'inspirent une discipline parfaite et l'habitude du maniement des armes. Le chevalier employa cet intervalle à faire construire une sorte de pont flottant, ou plutôt un long radeau, au moyen duquel il espérait pouvoir traverser le fossé, malgré la résistance de l'ennemi. Cette construction ne pouvait se faire bien promptement; mais les chefs s'en inquiétèrent d'autant moins que ce retard donnait à Ulrique le temps d'exécuter son plan de diversion quel qu'il fût.