—J'entends!—Vous vous sacrifiez pour sauver celui qui…; mais que les vertus de la fille fassent oublier les fautes du père. En vingt-quatre heures j'aurais plus d'un moyen pour empêcher ce mariage. Mais le temps presse: quelques heures vont décider le malheur de votre vie, et je n'y trouve qu'un seul remède..,—Il faut, miss Vere, que vous imploriez la protection du seul être humain qui a le pouvoir de conjurer les maux qu'on vous prépare.

—Et qui peut être doué d'un tel pouvoir sur la terre? dit miss
Vere respirant à peine.

—Ne tressaillez pas quand je vous l'aurai nommé, dit Ratcliffe en s'approchant d'elle et en baissant la voix c'est celui qu'on nomme Elsender, le solitaire de Mucklestane-Moor.

—Ou vous avez perdu l'esprit, monsieur Ratcliffe, ou vous venez insulter à mon malheur par une plaisanterie hors de saison.

—Je jouis, comme vous, de toute ma raison, miss Vere, et vous devez savoir que je ne suis pas un homme à me permettre de mauvaises plaisanteries, surtout dans un moment de détresse et quand il s'agit du bonheur de votre vie. Je vous atteste que cet être, qui est tout autre que vous ne le supposez, a le moyen de mettre un obstacle invincible à cet odieux mariage.

—Et d'assurer les jours de mon père?

—Oui, dit Ratcliffe, si vous plaidez sa cause auprès de lui…
Mais comment parvenir à lui parler ce soir?

—J'espère y parvenir, dit Isabelle, se rappelant tout-à-coup la rose qu'il lui avait donnée. Je me souviens qu'il m'a dit que je pouvais avoir recours à lui dans l'adversité; que je n'aurais qu'à lui montrer cette fleur, ou seulement une de ses feuilles. J'avais regardé ce discours comme une preuve de l'égarement de son esprit, et j'étais honteuse de l'espèce de sentiment superstitieux qui m'a fait conserver cette rose.

—Heureux événement! dit Ratcliffe: ne craignez plus rien. Mais ne perdons pas de temps. Êtes-vous en liberté? ne veille-t-on pas sur vous?

—Que faut-il donc que je fasse? dit Isabelle.