—Mais vous pouvez aussi être emprisonné; et alors où est cette liberté dont vous êtes si fier?

—Dans mes pensées, qu'aucune chaîne ne peut contraindre; tandis que les vôtres, même quand vos membres sont libres, sont assujetties par les liens de vos lois et de vos superstitions, de vos rêves d'attachement local, et de vos visions fantastiques de politique civile. Mon esprit est libre, même quand mon corps est enchaîné; le vôtre porte des fers, même quand vos membres sont libres.

—Mais la liberté de votre esprit ne diminue pas le poids des chaînes dont votre corps peut être chargé.

—Ce mal peut s'endurer quelque temps; et si enfin je ne trouve pas moyen de m'échapper, et que mes camarades ne puissent me délivrer, je puis toujours mourir, et c'est la mort qui est la liberté la plus parfaite.

Il y eut ici un intervalle de silence qui dura quelque temps. Durward le rompit en reprenant le fil de ses questions.

—Votre race est errante, lui dit-il; elle est inconnue aux nations d'Europe. D'où tire-t-elle son origine?

—C'est ce que je ne puis vous dire, répondit le Bohémien.

—Quand délivrera-t-elle ce royaume de sa présence, pour retourner dans le pays d'où elle est venue?

—Quand le temps de son pèlerinage sera accompli.

—Ne descendez-vous pas de ces tribus d'Israël qui furent emmenées en captivité au-delà du grand fleuve de l'Euphrate? lui demanda Quentin qui n'avait pas oublié ce qu'on lui avait appris à Aberbrothock.