—Si cela était, n'aurions-nous pas conservé leur foi? ne pratiquerions-nous pas leurs rites?

—Et quel est ton nom, à toi?

—Mon nom véritable n'est connu que de mes frères. Les hommes qui ne vivent pas sous nos tentes m'appellent Hayraddin Maugrabin, c'est-à-dire Hayraddin le Maure africain.

—Tu t'exprimes trop bien pour un homme qui a toujours vécu dans ta misérable horde.

—J'ai appris quelque chose des connaissances d'Europe. Lorsque j'étais enfant, ma tribu fut poursuivie par des chasseurs de chair humaine. Une flèche perça la tête de ma mère, et elle mourut. J'étais embarrassé dans la couverture qu'elle portait sur ses épaules, et je fus pris par nos ennemis. Un prêtre me demanda aux archers du prévôt: et il m'instruisit dans les sciences franques pendant deux ou trois ans.

—Comment l'as-tu quitté?

—Je lui avais volé de l'argent, même le Dieu qu'il adorait, répondit Hayraddin avec le plus grand calme. Il me découvrit et me battit. Je le perçai d'un coup de couteau, je m'enfuis dans les bois, et je rejoignis mon peuple.

—Misérable! s'écria Quentin, osas-tu bien assassiner ton bienfaiteur?

—Qu'avais-je besoin de ses bienfaits? Le jeune Zingaro n'était pas un chien domestique, habitué à lécher la main de son maître et à ramper sous ses coups, pour en obtenir un morceau de pain. C'était le jeune loup mis à la chaîne, qui la rompait à la première occasion, déchirait son maître, et retournait dans ses forêts.

Après une nouvelle pause, le jeune Écossais, pour tâcher de pénétrer plus avant dans le caractère et les projets d'un guide si suspect, demanda à Hayraddin s'il n'était pas vrai que son peuple, quoique plongé dans la plus profonde ignorance, prétendait avoir la connaissance de l'avenir, connaissance refusée aux sages, aux philosophes et aux prêtres d'une société plus policée.